Déménagement dans les souvenirs de Butch 10

Chapitre 10 : Nouvelle recrue

Son séjour chez le gang des Léviator lui avait été bénéfique ; Butch avait pu aiguiser ses talents de chapardeur, à la grande satisfaction des membres du groupe. Il avait pu apprendre à faire des visages effrayants à renforts de grimaces toutes plus intimidantes les unes que les autres pour avoir l’avoir d’un caïd malgré son jeune âge. Il avait pu développer son endurance lors de quelques sessions d’entraînements. Il avait pu rendre service au Chef en faisant plusieurs transactions mystères - certaines étaient parfois risqués et il avait bien cru se faire choper la police mais il avait su s’en tirer à temps. Il avait pu assister aux soins en urgence d’un membre qui s’était fait tirer dessus à deux reprises – malgré tous les membres qui criaient dans tous les sens et s’affairaient auprès du blessé, c’était aussi abominable que cool à voir. Avant de partir, il avait même pu obtenir un tee-shirt sur lequel se trouvait un Léviator rugissant, symbole de leur appartenance au gang. Il pensait que le chef lui avait offert parce qu’il s’était attaché à lui et parce qu’avec ceci, il serait probablement plus tranquille contre les dangers de la rue. Il l’avait renvoyé d’une voix bougonne en lui disant de ne plus remettre les pieds dans leur groupe.

Et surtout, Butch avait pu s’habituer à fumer des cigarettes sans tousser comme un pompier, pensa-t-il fièrement.

Oui, cela avait été une courte expérience de deux mois mais elle avait été très enrichissante.

Et depuis maintenant plusieurs semaines, Butch avait élu domicile dans un mini terrain vague encombré par des débris et des poubelles derrière un grillage que l'on pouvait franchir en se mettant à plat-ventre parce qu'une partie était légèrement étriper. Il avait écorché une partie de son sweat à capuche préféré mais cela en valait le coup ; ici, il n'y avait personne qui occupait l'endroit et même si le tas de déchets s'accumulaient jusqu'à faire une pile haute de quelques mètres, il avait trouvé une place suffisante pour installer la tante de camping qu'il avait récemment acheté.

Un bruit vibrant de métal attira soudainement son attention. En tournant la tête vers l'entrée, il vit qu'un Férosinge, probablement sauvage, avait sauté par-dessus le grillage. Butch cligna des yeux et goba son dernier morceau de sandwich qu'il mâchouilla. Il se leva tout en se frottant les mains pour se débarrasser des miettes de pain sur ses mains puis s'approcha du nouveau venu, qui fit de même en quelques bonds.

« Hé, salut toi. », sourit Butch en se penchant et en lui tendant la main.

Le Pokémon renifla suspicieusement ses doigts. Dommage qu'il n’eût pas de Pokéball, il aurait peut-être pu le capturer, songea le garçon aux cheveux verts en osant caresser la tête de l'animal dont les poils étaient rêches.

« Toi aussi, t'es à la rue je suppose ? », demanda-t-il alors que le concerné relevait la tête pour le regarder. « Si tu as besoin de réconfort, on peut p't-être s’ent– »

Butch n'avait pas eu le temps de finir sa phrase que le Férosinge sauvage lui asséna un coup de Poing-Karaté qui le plia en deux.

« Guuhaa... ! », gémit-il en portant instinctivement son bras à son ventre et en fermant durement les yeux.

Sourcils froncés, il tomba à genoux et dût se retenir avec son autre bras pour éviter de s’effondrer sur le béton rugueux. Le Pokémon profita que Butch soit recroquevillé sur lui-même pour utiliser son dos comme appuie et faire un bond jusqu'à sa tente encore ouverte. Alors qu'il farfouillait dans ses affaires, Butch grimaça lorsqu'il tournait la tête et levait un œil vers le voleur.

« Hé... ! » toussa-t-il. « C'est mes affaires... ! »

Le Pokémon reporta son attention vers lui et Butch put voir qu'il tenait un paquet mou de Capu-Sun entre ses pattes. Le garçon déglutit puis se força à se relever. Malgré le fait que son estomac pulsait toujours, il se redressa sur ses deux jambes en inspirant à fond, poings serrés.

« Rends-le-moi ! », ordonna-t-il en tendant sèchement la main alors que le singe sursautait. « T'arriveras même pas à l'ouvrir de toute façon ! »

Le voleur grogna en guise de réponse et escalada agilement le tas de débris.

« Non, reviens ici ! », cria Butch alors que l'animal s'arrêtait sur une télé cubique dont l'écran était complétement explosé.

Le Férosinge lui jeta une dernière œillade avant d'escalader le mur adjacent et de disparaître au coin de l'immeuble. Au même moment, Butch s'élança instinctivement en avant mais il tituba et se retenu de justesse pour la seconde fois et se rattrapa sur la paume de ses mains. Le cœur battant, il gratta le gravier avec ses ongles et plissa les yeux, honteux de s'être fait duper par un vulgaire Pokémon sauvage.

« Et merde... ! », jura-t-il entre ses dents.

A la prochaine rencontre avec le Férosinge sauvage qui s’approchait à nouveau de lui alors qu’il rentrait de son petit tour en ville, Butch tenta de se défendre en lui donnant un coup de poing.

Mais le singe esquiva aisément le coup et utilisa intelligemment sa queue pour s’accrocher à son bras et l'utiliser en guise de balancier. Butch n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait que le Férosinge arrivait au niveau de son visage et lui asséna un coup de pied qui le fit tomber à la renverse. Son dos claqua contre le sol, et Butch porta aussitôt une main à son front rougit alors que sa tête tournait.

« Aïe... ! », gémit le garçon aux cheveux verts.

Il entendit un bruissement et vit que le Pokémon de type Combat sautillait à un mètre de là. C’est là que Butch vit, à sa grande horreur, ce qu’il ramassait : un gros paquet de bonbons pas encore ouvert.

« Non, pas mes bonbons ! », cria-t-il en roulant sur son flan et en se relevant maladroitement à la va-vite.

Il fit racler ses baskets sur le gravier et, alors qu’il était accroupi, prêt à se relever entièrement grâce à une simple poussée de ses pieds, il vit le Pokémon s’enfuir à nouveau. L’adolescent soupira lourdement tout en rentrant sa tête dans son cou.

« J’venais juste de les voler au magasin… »

Butch se rassit en laissant tomber ses fesses sur le béton. Alors qu’il agrippait ses pieds joints, il fit la moue, l’air contrarié.

Il fallait vraiment qu'il s'achète ou se dégote une Pokéball quelque part.

Quelques jours plus tard, Butch était à nouveau de retour dans sa planque, le sourire aux lèvres et le plastique d’un sandwich triangle qui dépassait de la poche ventrale de son sweat-à-capuche. Il s’empressa de l’ouvrir une fois assis devant sa toile de tente et de mordre dedans.

Alors qu’il savourait son sandwich, il entendit un clong qui venait de la pile de débris ainsi qu’un bruissement de sac poubelle. Il tourna la tête et vit le Férosinge atterrir à deux mètres de lui. Le Pokémon avait les pattes l'une au-dessus de l'autre, près de son torse, comme s'il attendait quelque chose.

Sourcils froncés, Butch le dévisagea sans vergogne.

« Qu'est-ce que tu veux ? », demanda-t-il hostilement alors que le singe baissait les yeux sur son casse-croûte. Le garçon aux cheveux verts se tourna de côté, comme pour protéger son repas. « T'attends pas à ce que j'te donne un morceau après que tu m'aies piqué tous mes bonbons la dernière fois. »

Il vit les épaules du Férosinge s’affaisser tandis qu’il l’entendit gémir plaintivement.

« Tu n’avais qu’à pas m’attaquer et me voler ma nourriture. Si tu avais été gentil, je t’aurais peut-être donné quelque chose. », grommela-t-il alors qu’il mordait dans son sandwich.

Butch fit de son mieux pour ignorer les gargouillements du Pokémon qui porta instinctivement ses pattes à son estomac, et continua de manger devant lui. Cependant, il fit l’erreur de croiser les petits yeux rouges du Férosinge qui l’implorait du regard. Il soupira en guise de défaite, pensant qu’il était encore trop gentil malgré le fait qu’il se soit endurcit auprès du gang des Léviator.

« C’est d’accord. », capitula-t-il alors que le visage du singe s’éclaircirait. Il piocha son deuxième casse-croute et le tendit vers lui. « J’accepte de te donner mon deuxième sandwich triangle, ça te va comme ça ? »

Le Pokémon s’approche doucement, l’air encore méfiant. Il s’empara brusquement du sandwich et bondit sur la montagne de sac poubelles pour aller y déguster son repas.

Il était en plein concentration et, coup de bol pour Butch, le Férosinge lui tournait le dos. C’était le moment parfait pour le capturer. Butch sortit discrètement la Pokéball qu’il avait acheté avec l’argent qui lui restait, l’agrandit d’un mouvement du pouce, et leva doucement son bras pour former un arc. Il prit une inspiration et la lança d’un geste sec vers lui.

Comme s’il avait senti le coup arrivé, le Férosinge se retournait pour regarder derrière sa petite épaule mais il fût pris de court ; la Pokéball le toucha en pleine tête et l’absorba à l’intérieur avant de se refermer.

Yes !, pensa-t-il en pompant silencieusement son poing en signe de victoire. Il savait que ses nombreuses heures passées au club de base-ball de la ville lui serait bénéfiques.

La Pokéball dégringola du tas d’ordures et rebondit brièvement dans un toc dès qu’elle toucha le sol. Elle remua plusieurs coups à droite et à gauche, signe que le monstre se débattait, avant de s’arrêter en même temps que la lumière rouge au centre.

« J’ai réussi ! », se félicita Butch en se dépêchant d’aller récupérer sa Pokéball avec son premier Pokémon à l’intérieur.

« Alors c'est comme ça que tu as eu ton Colossinge ? », s'étonna calmement la blonde en déposant le dernier carton à l’arrière de la camionnette. « Je me suis toujours demandé si c'était la Team Rocket qui te l'avait donné ou si tu l'avais déjà avant d'entrer dans l'organisation. »

« Oui. Après ça, nous avons travaillé en équipe pour voler tous les marchands de la ville ; lui faisait le pitre et d'autres acrobaties pour divertir le public pendant que je me faufilais dans les stands et volait les aliments aux exposants. », expliqua Butch en déposant également le dernier carton qu’il avait dans les bras.

« Mmh, c’était un plan plutôt bien rodé. », fredonna Cassidy.

« Après ça… », continua doucement Butch.

Cet après-midi-là, Butch cherchait des victimes potentielles à qui il pourrait voler des courses afin d’avoir à manger. Du moins, autre chose qu’une pomme molle qu’il avait dans le ventre depuis ce matin. Il lui fallait quelque chose de plus consistent.

Malheureusement pour lui, la rue dans laquelle il marchait ne grouillait pas de monde. Il croisait seulement un homme avec une casquette qui marchait rapidement, les mains vide d’un quelconque sac de courses rempli de victuailles.

Les mains dans les poches de son sweat à capuche, Butch soupira alors que son estomac criait famine. Bon sang, à ce rythme-là, il ne pourrait jamais tenir jusqu’au soir. Et hors de question d’essayer d’aller dans un supermarché ; la dernière fois, si son Férosinge n’avait pas mis K.O les vigiles, il aurait fini au poste de police et adieu la liberté.

Tandis que le garçon aux cheveux verts se lamentait silencieusement sur son sort, il aperçut une vieille femme au chignon grisonnant qui avait le dos courbé et qui sortait de chez un épicier à plusieurs mètres de là. Elle traînait un caddie à roulettes rempli à ras-bord de provisions derrière elle et son rythme était lent, ce qui en faisait une cible idéale. En plus, la rue était complétement déserte. Il n’y avait personne à l’horizon pour tenter de l’aider ou de la prévenir lorsqu’il lui volerait ses provisions. C’était parfait.

Bien décidé à mettre son plan à exécution, Butch accéléra et s’approcha doucement d’elle.

« Excusez-moi, madame. », appela-t-il en levant timidement sa main dans un petit sourire réservé.

« Hein ? Oui ? », répondit la vieille dame d’une voix tremblante en s’arrêtant et en tournant la tête vers lui.

« Est-ce que vous savez où se trouve le centre Pokémon, s’il vous plaît ? »

« Le centre Pokémon ? » répéta-t-elle pendant que Butch acquiesçait d’un hochement de tête.

« Oui, je viens d’arriver et je dois aller faire soigner mon Pokémon. Cette ville est immense et je crois bien que je me suis perdu. », avoua-t-il en se grattant l’arrière de la tête dans un sourire embarrassé.

Après avoir fredonner un instant en regardant les bâtiments, la vieille femme lâcha la poignée de son caddie à roulettes pour tendre le bras.

« Par-là. », informa-t-elle en pointant la direction de gauche. « Voyons voir : si je ne dis pas de bêtises, vous sortez de la rue, vous remontez toute l’avenue et puis... »

Bien. Elle était en plein dans ses explications. C’était le moment ou jamais.

Butch bourdonnait pour lui faire comprendre qu’il écoutait ses directives et approcha silencieusement son bras de l’ouverture du caddie à roulettes, les doigts prêt à saisir ce qu’elle avait acheté - une boîte de conserve, un pot de bolognaise, n’importe quoi. Il agrippa quelque chose de ferme et tira doucement sur le paquet.

Cependant, sa joie fut de courte durée puisque Butch sentit une prise sur son bras, aperçu un mouvement flou et soudainement, son poids fut retourné contre lui. Il cria de surprise et eut le souffle coupé à cause d'un choc qu'il reçut dans le dos. Lorsqu'il reprit ses esprits en ouvrant les yeux, il comprit qu'il se trouvait par terre, avec la silhouette de la vielle femme au-dessus de lui, qui portait une expression sérieuse, loin de la mine innocente qu'elle arborait tout à l'heure. Il n’avait même pas eu le temps de sortir sa Pokéball pour faire appel à son Férosinge et se défendre.

Il tenta de bouger mais se rendit compte qu'elle avait ingénieusement immobiliser ses bras ainsi ses jambes, et qu'il n'arrivait pas à se dégager : une des jambes repliées de la vieille bloquait ses deux cuisses tandis que son autre pied s'appuyait sur son avant-bras. Sa main droite agrippait fermement sa mâchoire, et sa deuxième main resserrait sa prise sur son poignet. Butch ne put s'empêcher de grimacer de douleur. Elle possédait une force insoupçonnée et il avait clairement eu tort de l'avoir sous-estimé.

« Pas mal, pour une petite vieille... », articula-t-il dans un sourire moqueur.

Mais son interlocutrice ne répondit pas à sa provocation et le jugeait en silence. Le jeune homme aux cheveux verts soutenu son regard l'espace de quelques instants, les sourcils froncés, puis abandonna dans un soupire tout en relâchant la tension de ses muscles.

« Ça va, j'ai compris. », admit-il avant de détourner le regard d'un air morose. « Je n’aurais jamais dû m'en prendre à vous parce que vous aviez l'air fragile. Laissez-moi partir maintenant... »

« A en juger par tes vêtements sales, tes baskets usées, tes cheveux négligés et ton ventre qui grogne d'appétit, je présume que tu vis dans la rue ? »

« Qu'est-ce que ça peut vous faire ? », répliqua-t-il d'un air hostile en la fusillant du regard et en pinçant les lèvres. « Vous avez pitié de moi, c'est ça ? »

« Non. Mais ta place n'est pas dans la rue, jeune homme. »

« Ah oui ? Et elle est où alors ? Parce qu'il est hors de question que je retourne chez mes vieux, et encore moins que je finisse chez les flics. », rétorqua-t-il fermement.

« Je ne vais pas t'envoyer au poste de police, rassure-toi. », sourit la vieille femme en relâchant légèrement son emprise sur lui sans pour autant le lâcher complétement. « En fait, j'ai une proposition à te faire. »

« … Laquelle ? », demanda-t-il, septique.

« Vu que tu n'as visiblement nulle part où aller, est-ce que ça te dirait de rejoindre les rangs de la Team Rocket ? »

« La Team Rocket ? », répéta-t-il en clignant des yeux. « Ça me dit quelque chose... c'est pas l'entreprise chelou qui vole les Pokémon des autres ? Des individus en noir avec un R rouge sur le torse ? »

« Oui, ce sont eux. Il y a un centre de formation et d'apprentissage dans les montagnes de la Route Victoire. Tu es suffisamment intelligent pour commettre des larcins sans qu'on te repère et si tu as pu survivre pendant un moment dans la rue, c'est que tu as les qualités pour faire un bon agent. »

« Mais qu'est-ce qui vous fait dire que j'ai envie de vous rejoindre ? », répondit Butch sur la défensive. « Et vous êtes qui, d’abord ? Un membre de leur organisation ? »

« Plus ou moins ; je suis un agent recruteur de la Team Rocket. Je sillonne les routes à la recherche de nouveaux talents, comme toi. Et si cela peut te convaincre, tu seras rémunéré pour tes services. »

« Rémunéré ? Vous voulez dire, avoir un salaire comme les adultes ? », questionna-t-il alors qu'elle hochait la tête.

« Oui ; pour chaque mission que tu accompliras avec succès, tu recevras une somme d'argent qui ira sur un compte bancaire spécial que la Team Rocket te créera. Tu pourras même monter en grade si tu arrives à faire tes preuves et si le Boss t'en accorde le privilège. Ceci dit, il faut d'abord passer les examens de l'académie avant de devenir un membre officiel. »

Butch bourdonna en signe de réflexion, puis croisa le regard grisonnant de la vieille femme.

« Alors, admettons que j'accepte votre proposition ; j'entre dans l'académie, je réussi vos tests, je deviens un membre officiel, et c'est tout ? », voulu-t-il savoir en plissant les yeux d'un air prudent.

« Mmh. Eh bien, étant donné que tu es encore un adolescent, je pense que tu vas devoir reprendre quelques études et te remettre à niveau. Nous tenons à ce que nos agents aient au moins les connaissances générales d'un lycéen. »

« Logique. », lâcha Butch. « Et où est-ce que je vivrais ? J'aurais un appartement privé ? »

La question fit sourire la recruteuse dont les traits arboraient un air amusé.

« Malheureusement non. Tu seras logé dans les dortoirs de l'organisation. », répondit-elle. « Et quant à la nourriture, tu en auras à disposition à la cafétéria lorsque les repas seront servis aux horaires indiqués. »

La vieille dame le lâcha complétement et se retira de son ventre pour le laisser respirer. Butch se releva légèrement à l'aide de ses coudes et soupira sans dire un mot, toujours en pleine réflexion.

« Alors ? Qu'est-ce que tu décides, mon garçon ? », questionna-t-elle en coulant un regard par-dessus son épaule, les mains jointes dans son dos.

« Donc tu as accepté sa proposition, sinon tu ne serais pas dans la Team Rocket aujourd'hui... », comprit facilement la blonde.

Butch haussa les épaules dans un petit sourire contrit.

« Ma vie n'aurait pas été mieux ici que là-bas, alors je me suis dit... pourquoi pas ? »

« Tu veux que je te dise ? T’as fait le bon choix. », déclara la blonde en fermant les doubles portes du coffre.

« En plus elle m’a dit plus tard que j’allais avoir une prime d’inscription si le Boss acceptait de me prendre. », rajouta-t-il, ce qui fit rire Cassidy.

« Franchement j’te jette même pas la pierre parce que c’était pareil pour moi à l’époque, et probablement pareil pour les autres membres ; on est tous intéressé par le fric s’il y a une chance d’en avoir. »

Butch grimpa sur le siège conducteur et claqua la porte aussitôt qu’il fut assis. Cassidy fit de même.

« Au fait, tu peux me raconter ton arrivée au QG de la Team Rocket ? », demanda-t-elle après s’être attachée.

« Quoi ? Pourquoi tu veux savoir ça ? », rétorqua-t-il bêtement en démarrant le moteur. « C’est une arrivée comme tout le monde l’a probablement déjà fait, y’a rien de particulier. »

« Oh allez ! », implora-t-elle dans un signe de prière avant de sourire légèrement. « On n’est plus à une confidence près. Puis tu sais bien que j’suis curieuse et que j’adore les détails. En plus j’ai justement entendu dire qu’une des recruteuses t’avait recommandé au Boss en personne ! Ce n’est pas si fréquent que ça ! »

Butch soupira.

« Bon, très bien. », capitula-t-il. « C’était… après que je sois parti récupérer toutes mes affaires dans le petit terrain vague sur lequel je squattais depuis plusieurs mois... »

Une fois sa tente et ses affaires remballées à l’intérieur de son gros sac à dos, Butch avait emboîté le pas à la vieille dame qui l’emmenait jusqu’à la sortie ouest de la ville.

Après avoir longuement marché dans la forêt de la Route 2, où Butch avait posé la question de savoir si le QG était encore loin et à laquelle elle avait répondue qu’ils seraient arrivés « d’ici cinq minutes », ils débouchèrent enfin devant un grillage en fer qui gardait un bâtiment à la pierre bleutée.

Ils longèrent le grillage jusqu’à atteindre une porte gardée par deux sbires chargés de la surveillance. Ils se tenaient droit comme des poteaux mais bougèrent de leur position aussitôt que Butch et la vieille s’approchèrent d’eux.

« Halte ! On ne passe pas sans autorisation. », ordonna l’homme à la voix grave.

« Je suis un des agent recruteur de la Team Rocket. », se présenta-t-elle.

« Vous avez une carte d’identification ? », répondit le deuxième gardien.

« Tenez, la voici. », dit-elle en tendant une petite carte.

Après l’avoir pris pour jeter un œil dessus, il hocha la tête et lui rendit sa carte. L’homme regarda ensuite Butch, qui resserra instinctivement les poings sur les lanières de son sac à dos.

« Et lui ? »

« Il est avec moi. C’est une nouvelle recrue que j’aimerais personnellement présenter au Boss. », répondit-elle tranquillement.

« Bien. Vous pouvez entrer. », permit-il en se décalant sur le côté pendant que son collègue ouvrait la porte dans un grincement métallique.

Les gardes refermèrent l’accès dès qu’ils furent passés. Butch suivit la vieille dame en traversant le terrain vague avant d’arriver devant le bâtiment.

Une fois les portes automatiques et l’accueil passé, ils montèrent les étages en empruntant les escaliers. Pendant qu’ils traversaient les couloirs aux murs beiges et au carrelage entretenu, ils croisèrent des membres de l’organisation qui étaient habillés en noir, comme ceux qu’il avait aperçu un jour dans la rue. La recruteuse les ignora et passa à côté d’eux sans une salutation, tandis que Butch s’arrêtait un bref instant pour les regarder s’éloigner, les yeux brillants d’intérêt. Maintenant qu’il les voyait de plus près, les uniformes noirs avec le R rouge brodé au centre de la poitrine étaient plutôt cool. Ils avaient l’air souple pour optimiser leur mouvement au maximum, sans compter que leur gavroche leur donnait un air chic tout en étant mystérieux. Il était persuadé qu’une fois habitué, ça lui donnerait un look super stylé, songea-t-il.

« Tu viens ? », lâcha la vieille dame alors que Butch clignait des yeux pour redescendre sur Terre et tourner la tête vers elle.

Elle s’était également arrêtée, les mains toujours dans le bas du dos et lui jetait une œillade par-dessus son épaule.

« Euh, oui ! », dit-il avant de la rejoindre dans une rapide foulée.

Au fur et à mesure qu’ils gravissaient les étages, les oreilles de Butch perçurent plusieurs fois le ting caractéristique d’un ascenseur. Il fronça les sourcils, intrigué par le fait qu’ils montaient les escaliers depuis tout à l’heure alors qu’ils auraient pu se faciliter la tâche et accéder directement au bureau du Boss en peu de temps.

« Pourquoi on ne prend pas l’ascenseur ? », voulu-t-il savoir alors que la vieille dame s’arrêtait à mi-chemin, un pied sur la prochaine marche des escaliers.

« Pour te faire les jambes, mon garçon. », répondit-elle comme si c’était l’évidence même dans un sourire aussi ridé que taquin.

Butch se renfrogna et grommela dans ses dents, se retenant de justesse de lâcher une insulte que la vioque pourrait entendre.

Deux étages plus haut, ils se retrouvèrent à nouveau dans un couloir parsemé de quelques pots de fleurs, à la seule différence qu’ici, au lieu des dalles en carrelage, ce fut un tapis rouge bordé de lignes de dorées sur lequel on devait marcher. Butch en conclut qu’ils avaient enfin atteint les étages privés et que le bureau du chef de l’organisation ne devait plus être très loin.

Une silhouette s’approchait à contre-sens et, contrairement aux sbires qui était vêtu de noir, la femme qui avançait vers eux portait un uniforme blanc avec un col noir en V qui remontait jusqu’au cou. Le tissu de son uniforme blanc était fendu au niveau des cuisses et descendait jusqu’aux mollets. Elle portait des bottes blanches, un écusson noir avec la lettre R était brodé sur le côté de sa poitrine, et des boucles d’oreilles dorée en triangles qui tanguaient au fur et à mesure qu’elle avançait. Malgré sa beauté indéniable, elle avait un regard rouge intimidant et un air sournois sur le visage mais Butch ne savait pas d’où cela pouvait venir – peut-être de la forme de ses yeux en amande, de son sourire maquillé de rouge à lèvres, ou bien de l’assurance qui se dégageait d’elle.

A en juger par son apparence, Butch pouvait en conclure que c’était un agent avec un grade supérieur. Peut-être une commandante ou quelque chose comme ça.

« Bonjour, Ariane. Cela faisait longtemps. », salua la vieille dame en s’arrêtant doucement devant la concerné, qui fit de même.

« Oh ! Bonjour, Yolande. C’est rare que tu passes au QG. », dit-elle en croisant les bras, les coudes au creux des mains, avant de tourner la tête pour regarder Butch, qui opinait seulement du chef en guise de salutation, trop impressionné par cette dernière. « C’est la nouvelle recrue que tu as trouvée ? Tu viens pour le présenter en personne à Giovanni, je présume ? »

« Oui. On m’a dit qu’il était encore dans son bureau. Tu penses que je peux passer le voir immédiatement ? » voulu-t-elle savoir tandis qu’Ariane hochait la tête.

« Oui mais dépêche-toi ; il va bientôt avoir une réunion avec l’équipe scientifique. »

« Je ne serais pas longue. », assura Yolande dans un sourire avant de baisser doucement la tête en signe de salut. « Merci à toi, Ariane. »

La femme aux cheveux rouges les salua également et continua sa route. Butch suivit la vieille dame en silence, avant de finalement s’adresser à elle.

« C’était qui ? », demanda-t-il sans préambule.

« Qui penses-tu que ce soit, d’après toi ? », répliqua-t-elle sur un ton curieux.

« Un membre haut-gradé ? », supposa-t-il en arquant un sourcil alors qu’elle hochait la tête.

« En effet. C’est l’une des 4 commandantes de notre organisation. », répondit-elle tandis que Butch pompait discrètement son poing en signe de victoire. « Mais c’est également la femme du Boss. »

Butch resta bouche-bée.

« Wow. », lâcha-t-il bêtement.

Son manque de réponse fit éclater de rire la recruteuse.

« Impressionnante, n’est-ce pas ? Forte, indépendante et jolie par-dessus le marché… », énuméra-t-elle.

« Je ne savais pas que même les criminels pouvaient avoir des relations amoureuses… », réfléchit Butch à voix haute.

Sa phrase provoqua un sourire amusé sur les lèvres ridés de la vieille femme.

« Nous sommes malfrats mais nous ne sommes pas non plus sans cœur. », dit-elle avant de tourner la tête vers lui. « Et puis qui sait ? Peut-être que toi aussi tu trouveras une petite copine ici, parmi les autres membres de l’organisation ? »

« Quoi ? Non ! », répondit-il du tac-o-tac avant de croiser les bras d’un air puérile, presque irrité. « Et puis d’abord, j’aime pas les filles. Elles n’arrêtent pas de piailler et elles n’arrivent même pas à retenir mon nom... »

« Tiens, d’ailleurs je ne t’ai même pas demandé ton nom, mon garçon. », fit-elle remarquer.

« Butch. Mon nom, c’est Butch. », répondit-il calmement.

« Eh bien Butch : Nous sommes enfin arrivés à destination. », répondit Yolande en s’arrêtant soudainement.

Le garçon remarqua alors qu’ils étaient devant une double porte en bois à la poignée dorée. L’entrée était gardée par un homme imposant aux épaules carrées qui le dévisageait de toute sa hauteur. Son visage s’adoucit lorsqu’il posa ses petits yeux sur la vieille recruteuse.

« Yolande. », salua-t-il. « Vous avez rendez-vous avec Maître Giovanni ? »

« Non mais comme tu le vois, c’est important. », répondit-elle en jetant un coup d’œil à Butch par-dessus de son épaule. « Tu peux nous laisser entrer ? »

« Normalement, je n’ai pas le droit mais puisque c’est toi, je suis conciliant. », dit-il dans un sourire contrit avant de se décaler légèrement de l’entrée.

La vieille toqua deux coups secs et attendit. Un « entrez » grave et étouffé se fit entendre de l’autre côté de la porte.

« Reste à côté de moi et tiens-toi convenablement. », lui souffla-t-elle avant d’obéir à l’ordre de son patron et d’entrer à l’intérieur, Butch sur les talons.

La première chose que vit Butch lorsqu’il pénétra dans le bureau, hormis le fait qu’il y ait un grand pot de fleurs, une armoire remplie de livres et un tableau, ce fut un magnifique Persian, confortablement couché à même la moquette, qui se trouvait dans un coin de la pièce. Le cou sur ses pattes jointes, le Pokémon tourna curieusement la tête vers les arrivants.

« Mes salutations, Boss. », entendit-il distraitement d’une oreille.

« Yolande. », reconnu la voix grave. « Pour que tu viennes me voir en personne, c’est que tu as déniché quelqu’un de spécial. »

« En effet. J’étais à Jadielle pour mon repérage hebdomadaire et c’est là que j’ai rencontré ce garçon. », présenta la recruteuse en levant la main vers le concerné. « Il a le profil parfait pour devenir un membre de notre organisation. »

Toujours obnubilé par le Persian malgré la conversation qui avait débuté, Butch bougea inconfortablement, mal-à-l’aise devant le regard rougeoyant du Pokémon qui le scrutait d’un œil aiguisé pendant que sa queue ratissait lentement la moquette derrière lui. Il décida de l’ignorer une bonne fois pour toute et de reporter son attention sur le Boss qui était assis derrière son bureau massif en bois de chêne.

Ce dernier avait des yeux aussi noirs que l’onyx, un front dégarni et des courts cheveux noirs où l’on pouvait distinguer des reflets bruns grâce au gel fortifiant qu’il avait soigneusement appliqué sur sa coupe gominée. Son visage était anguleux, et sous sa veste de costume curieusement orange, il portait une chemise beige resserrée par une cravate rouge.

« Il est plutôt jeune, pour une nouvelle recrue... », fit-il remarquer alors que sa joue reposait tranquillement contre son poing et qu'il le détaillait d'un regard perçant.

Butch eut des frissons mais il serra ses poings ensemble pour se donner du courage, prêt à répondre. Cependant, la vieille dame qui l’accompagnait lui coupa l’herbe sous le pied. Elle fit un pas en avant et prit la parole sur un ton conciliant.

« Il est peut-être jeune, c’est vrai, mais il est tout à fait apte à prétendre au titre de sbire. Je l’ai vu à l’œuvre et je pense sincèrement qu'il a le potentiel pour rejoindre nos rangs, voir même monter les échelons si notre programme de formation porte ses fruits. »

Le Boss bourdonna en guise de réflexion tout en passant son pouce sur l’alliance qu’il portait à son annulaire.

« Comment vous appelez-vous, jeune homme ? », demanda Giovanni en s’adressant directement à lui.


Butch fut impressionné par l'aura imposante du Boss. Les bras derrière le dos, droit comme un i et les lèvres pincées, le garçon ne bougea pas d’un iota.

« Butch, monsieur. », répondit le concerné en sentant sa gorge s'assécher.


« Butch... Bien. Et quel âge avez-vous ? »


« 15 ans, monsieur. »

« Avez-vous des Pokémon sur vous ? »

« Oui : un Férosinge que j’ai capturé il y a plusieurs semaines. », répondit-il en s’apprêtant à sortir sa Pokéball. Cependant, Giovanni l’interrompit en levant une main silencieuse, les paupières closes, pour l’intimer de laisser son monstre à l’intérieur de sa Ball.

Butch retira sa main de sa poche arrière et reporta son attention sur le Boss, qui avait les doigts devant son visage, accoudé sur le bord de son bureau.

« D’après l’agent recruteur, elle vous a trouvé à Jadielle. J’en conclus donc que vous habitiez là-bas aussi ? A moins que vous veniez d’une autre ville ? »

« Non, monsieur. », répondit-il docilement. « Je suis bien originaire de Jadielle. »

Il l'entendit bourdonner dans un grondement sourd, ses yeux ne quittant jamais ceux noisettes de Butch – qui déglutit discrètement. Au bout de plusieurs secondes qui semblaient interminables, Giovanni prit la parole.


« Bon. Nous allons immédiatement vous faire passer des tests pour que nous puissions évaluer vos compétences avant de vous accepter dans notre programme de recrues. »

Les yeux écarquillés, Butch comprit qu'on lui donnait une chance, et s'inclina respectueusement.

« Je vais m’donner à fond ! », remercia-t-il.

« Bien. Yolande va vous emmener dans les quartiers appropriés. »

« Pardon de vous interrompre, Boss, mais peut-être serait-il préférable que Butch puisse prendre une douche et avoir un repas afin reprendre des forces avant son test d’aptitude ? », suggéra la recruteuse.

Giovanni hocha la tête en signe de reconnaissance et tourna la tête vers l’adolescent aux cheveux verts.

« Butch. Je vous laisse aux soins de notre agent recruteur. », dit-il avant d’appuyer ses paumes sur son bureau pour se lever et repousser son fauteuil en cuir sur lequel il était assis. « Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai une importante réunion de prévue. »

Ils saluèrent le Boss et prirent congés. Butch ne put s’empêcher de sentir sa poitrine se gonfler d’excitation au fur et à mesure qu’un sourire impatient étirait ses lèvres.

Il avait hâte de réussir leurs épreuves et d’être admis. Même si cela devait commencer par des cours de remise à niveau pendant quelques années.

Pour lui, c’était un nouveau chapitre de sa vie qui s’écrivait.

Un nouveau chez-lui.

Et s’il s’entendait bien avec les collègues, alors la Team Rocket deviendrait sa nouvelle famille.

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Date de dernière mise à jour : 21/08/2022