De l'autre coté du miroir 6

#6: Ne jamais dire jamais

Le visage écrasé contre la vitre en verre noir de l'hélicoptère, Sacha scrutait désespérément les environs, à l'affût. Mais cela faisait maintenant trois quarts d'heure qu'il était figé dans cette position inconfortable, les membres engourdis par l'immobilité continue. Pour tout dire, il commençait à en ressentir sérieusement les conséquences ; une douleur lancinante lui attaquait le dos et remontait sur sa nuque de façon permanente. Il bougeait si peu que seul le frisson qui lui parcourait l'échine de temps à autre permettait d'affirmer que son cœur battait encore, cœur qui d'ailleurs résonnait à une vitesse endiablée dans sa cage thoracique.

L'adrénaline des récents événements aurait dû pourtant s'être évanouie depuis longtemps, mais son corps réagissait de manière post-traumatique à ce qui s'était déroulé un peu plus tôt dans la journée. Aucun son ne sortit de sa bouche pendant cette période, bien que le garçon soit d'un éternel naturel bavard.

Les amis du dresseur s'étaient succédé maintes fois pour le faire réagir, en vain. Il semblait parti dans une autre dimension, muré dans le silence.

Après une énième tentative vouée à l'échec, Serena se rassit lourdement sur son siège, accablée. Lem lui jeta un regard compatissant, ce qui la fit soupirer.
Clem n'était pas loin non plus de l'état végétatif de Sacha: recroquevillée sur elle-même, la tête entre les bras, elle ne prononçait pas un mot. Elle aurait pu se trouver mieux si Dedenne et Pouic avaient été avec elle, mais, tout comme les Pokémon des autres captifs, ils lui avaient été enlevés.

Il n'y avait que Lem qui ne se morfondait pas dans son malheur. Il était bien trop accaparé par la condition de sa sœur pour penser à autre chose qu'à elle.

Il se leva. Personne ne vint l'en empêcher. Après tout, il ne risquait pas de s'échapper, car l'endroit où lui et ses amis étaient retenus prisonniers était entièrement confiné. Il avait plusieurs fois essayé de forcer une des portes de l'engin à l'aide de Serena, mais celle-ci n'avait pas cédé d'un gond.

Il se laissa glisser à côté de sa sœur. Celle-ci ne daigna pas relever la tête, ou même les yeux, comme si le garçon était invisible. Son cœur se serra à cette vision, et, sachant pertinemment qu'aucun de ses gestes n'y changerait rien, il se colla simplement à elle et attendit que ses paupières tombent de fatigue.

***

-Allez! vociféra Jessie.

Le coup de pied circulaire de la jeune femme rencontra violemment la paroi de l'hélicoptère, en proie à une crise d'hystérie.

-Allez, allez, allez!

Elle s'acharna une nouvelle fois sur le métal, le pied en feu. Un soupir de désespoir provenant du félin de l'équipe se fit entendre:

-Arrête de te faire du mal, ça ne sert à rien!

-La ferme, Miaouss!

-Ce mur ne t'a rien fait, en plus... ajouta James.

La jeune femme coupa court à son défonçage d'engin et abaissa sa jambe destructrice. Elle se passa ensuite une main sur le visage, clairement fatiguée de ses deux compagnons et de leur attitude. Ne pouvaient-ils donc rien comprendre?

-Qu'est-ce qui ne va pas chez vous? On est en train de se faire trimballer je ne sais où par un hélicoptère piloté par des gens bizarres qui nous ressemblent! Avec les morveux , souligna-t-elle avec insistance.

-Honnêtement, les morveux sont les cadets de nos soucis...affirma le Pokémon parlant. Et pour info, cette machine est blindée, alors tu t'épuises pour rien!

Jessie grinça des dents et il lui vint à l'esprit qu'elle et ses amis avaient bien de la chance de ne pas avoir été placés au même endroit que Sacha et ses Ponchiens. Ça aurait très probablement mal fini, si l'on se fiait à son humeur exécrable. 

-Pourquoi ils nous ont pris avec eux? On est du même côté, non? interrogea-t-elle, furieuse.

-Ils veulent peut-être qu'on les aide?

-Bien sûr, Miaouss! Tu crois qu'ils auraient besoin de nous s'ils ont les moyens de se payer un engin pareil?

James croisa les bras, pensif:

-Nous n'avons pas d'hélicoptères aussi grands...

-Je sais, merci!

Le jeune homme afficha une moue boudeuse, légèrement vexé par la réponse acide de son amie. Il s'enfonça alors dans son siège, veillant à se faire le plus petit possible pour échapper aux potentielles autres remarques déplaisantes de sa coéquipière.

Miaouss, lui, ne semblait plus du tout concerné par la gravité du propos. Porté par son imagination débordante, il divaguait déjà sur un sujet bien connu d'eux trois et dont le trio manquait cruellement: l'argent.

-Nya, mais ça veut sans doute dire qu'ils sont riches, s'ils ont justement un équipement pareil! Si ça trouve, on pourrait les convaincre de nous donner un peu de...

Le pauvre chat Pokémon n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'une main puissante lui agrippa la fourrure et le décolla sans ménagement du sol, pour l'amener face à face avec le visage menaçant de Jessie. La jeune femme le lorgna, le nez plissé et les sourcils froncés, et Miaouss pria intérieurement une divinité quelconque quand il vit les yeux saphirs de cette dernière, qui reflétaient la colère sans équivoque.

-Si tu l'ouvres encore une fois, espèce de sale matou miteux, je te jure que la première chose que je ferai dès que j'aurai mis un pied en dehors d'ici sera de te donner en pâture à une horde de Pokémon sauvages! Hurla-t-elle.

Sa tirade finie, elle projeta son équipier ahuri contre la surface métallique, qui s'y étala de tout son long et glissa lamentablement de celle-ci. Il resta ensuite vautré par terre, probablement tombé dans les pommes entre temps. Jessie contempla son œuvre sans aucun remord, les poings sur les hanches:

-Bah, il s'en remettra.

James n'osa faire un geste de peur de s'attirer les foudres de son amie aux cheveux roses. Il aurait pourtant bien voulu porter assistance au félin, mais le peu de courage qu'il possédait lui semblait fondre comme neige au soleil devant la supériorité du tyran.

Conscient de ce qu'il encourait, il risqua malgré tout d'une voix qui tendait vers l'aigu:

-Il...euh...On devrait se calmer, tu sais, il n'y a pas de quoi être énervé...

Le jeune homme attendit ensuite son châtiment. Curieusement, trois secondes s'étaient écoulées depuis son intervention et il était pourtant toujours en un seul morceau.

-Je ne suis pas énervée! Miaouss m'insupporte, ce n'est pas la même chose! cracha presque Jessie.

-Tu l'as quand même balancé contre le mur, retenta-t-il.

-Oui, ben ça aurait été mieux s'il y avait ouvert un trou à la place de s'écraser dessus!

Ne pouvant contenir sa frustration plus longtemps, la femme asséna un coup de poing légendaire au deuxième des quatre murs qui l'encadraient. Suivi d'un autre.

Soudainement, l'hélicoptère se mit à tanguer dangereusement, manquant de faire tomber Jessie, toujours debout.

-Hé! Mais vous êtes malades! cria-t-elle.

-Euh, je ne pense pas que ce soit une manœuvre volontaire...

-Tu parles! Ils l'ont fait exprès, ces...ces...

Tandis que la voleuse terminait sa phrase dans un vocabulaire des plus fleuris, son équipier, la tête entre les mains, songea:

Ils en ont très probablement marre de t'entendre tabasser leur bijou...

Il prêta l'espace de quelques secondes seulement une oreille plus ou moins attentive aux paroles de Jessie, qui n'avait pas l'air d'avoir l'intention de cesser de cracher son venin sur les personnes aux commandes de l'hélicoptère. Il préféra laisser sa collègue dans sa fureur et s'enferma dans une bulle, se réfugiant dans ses pensées. Il était quasiment parvenu à accepter ce nouveau monde. Enfin, dans l'idée. Ce qu'il ne supportait pas en revanche, c'était bien ses habitants. Ils n'étaient peut-être pas tous d'affreuses personnes, mais l'échantillon qu'il en avait vu suffisait à lui faire serrer les dents. Et plus il remuait cette idée, plus il comprenait son amie et son désir de tout envoyer valser. Il tenta de se détendre un maximum, les jointures de ses doigts étant devenues blanches sous l'énervement. Il les déplia et les replia lentement, et bascula la tête en arrière, fixant de ses yeux de jade le plafond fade de l'appareil.

Ces gens...Qui leur ressemblaient mais différaient tant à la fois...Que voulaient-ils? Que comptaient-ils leur faire subir? Les aider? Les torturer?

Ce simple mot lui procura la chair de poule. Il s'efforça à rester calme, ce n'était pas le moment de craquer.

Ou peut-être les interroger, tout simplement? Après tout, il devait, en toute légitimité, y avoir un bon nombre de questions à se poser quand des inconnus supposément venus d'un autre monde débarquent du jour au lendemain. Cela s'était-il déjà produit auparavant? Il sentit une migraine carabinée lui gagner la tête. Tant de questions et d'inquiétudes, si peu de réponses.

Mais s'il y avait un mystère, une énigme pour laquelle il aurait pu tout donner afin de trouver la solution, ce serait elle. Cette femme qui ne cessait de l'obséder depuis leur rencontre. Une fille, se rectifia-t-il mentalement. Avec sa longue natte violette qui obscurcissait la moitié de son visage et son uniforme dans lequel elle était visiblement mal à l'aise, cette autre Jessie lui inspirait plus le terme de fillette que celui de véritable femme.

Inévitablement, son cheminement de pensées dévia sur son double, à lui. Il sentit ses muscles se contracter de plus belle rien qu'à l'esquisse de son sourire moqueur et désabusé, ses gestes précis et sa tactique froide. Il n'était pas jaloux, oh ça non, plutôt aller en enfer. Cet homme lui faisait prendre conscience à quel point il n'était qu'un petit garçon faible et sans défense. C'est en tout cas ce qu'il ressentait chaque fois que son image se formait dans son esprit. Et c'est fait pour, dut-il admettre. Ce n'était pas le mot respect, ou haine qui décrivait le mieux cet homme. C'était crainte.

-Ma tête...

James leva les yeux à l'entente de cette voix familière et découvrit Miaouss, à présent réveillé, qui se massait le crâne avec vigueur.

-Oh non, pas déjà...soupira Jessie.

Le jeune homme aux cheveux bleus se crispa soudainement, ce qui n'échappa pas à sa coéquipière qui lui lança, une étincelle de moquerie dans les yeux:

-Quoi? Tu as peur que je renvoie ce truc qui nous sert d'équipier dans les pommes?

James hésita quelques instants avant de donner une réponse:

-Non...Je crois que l'hélicoptère s'est immobilisé...

-Ah? Parce que tu es doté d'un sixième sens, maintenant?

-Eh, regardez! intervint la voix nasillarde de Miaouss.

Le chat Pokémon désignait de la patte la porte blindée.

-Pourrais-je savoir ce qui te prends? demanda Jessie, presque ennuyée à présent.

-Ça bouge!

La femme se pencha sur la porte et l'examina, les yeux plissés.

-Non.

-Mais puisque je te dis que si!

Le verrou de la porte céda brusquement, mettant fin au débat. L'accès vers l'extérieur coulissa sans un bruit, dévoilant deux silhouettes humaines vêtues de noir.

-Descendez! Et pas un mot!

Les trois compères se regardèrent, pantois.

-Dépêchez-vous! Ou nous nous verrons obligés d'employer la force!

Jessie grimaça. Elle et ses compagnons étaient tous les trois dans une impasse. Sans Pokémon, il était inconcevable de riposter sans courir le risque de se faire rétamer sévèrement. Elle oublia tout de suite le corps-à-corps à la vue de la carrure des deux personnes devant elle. Ils faisaient facilement le double de son poids. James ne tiendrait pas 30 secondes, et Miaouss retournerait instantanément au pays des rêves.

Elle inclina la tête en direction de son équipe, leur indiquant de suivre les ordres. Elle détestait se plier au exigences de quelqu'un d'autre, mais elle n'avait guère le choix en ce moment précis.

La criminelle sortit avec agilité de l'appareil, et un bruit de craquement remonta jusqu'à ses oreilles dès qu'elle posa pied à terre. Elle baissa le regard, voyant qu'elle venait d'écraser une branche morte. La même scène se reproduisit quand ses équipiers sortirent à leur tour de l'hélicoptère.

Elle releva la tête, perplexe. Pourquoi donc tout ce chemin pour atterrir en forêt? Et qui étaient ces gens? Ils n'était pas censé n'y avoir que leur doubles du miroir à bord de l'appareil?

-Avancez!

Le timbre de voix rocailleux de l'un de leur détenteurs la ramena à l'instant présent. Elle roula des yeux et tapa brutalement du pied, faisant sursauter ses coéquipiers.

-Je veux des réponses d'abord! Qui êtes-vous? Et qu'est-ce que vous voulez, bon sang!

L'autre personne, qui semblait aussi être un homme, lui rétorqua froidement:

-Avance.

Les ardeurs de la jeune femme se réduisirent considérablement quand elle prit conscience d'un poids appuyé au creux de son dos. Elle y jeta un coup d'œil, espérant de tout son cœur que ce ne soit pas ce à quoi elle pensait.

-Jessie, fais ce qu'il dit...murmura James.

Elle serra les poings. Cela la mettait d'autant plus en rage de se faire menacer de cette façon. Une arme à feu? Et puis quoi encore?

Mais elle ne pouvait rien faire. Pas pour l'instant, du moins. Elle inspira donc un grand coup et s'engagea sur la ligne droite que leur montraient ces deux personnes mystérieuses, à grand renfort d'intimidation grâce à leurs armes.


Ayant enfin dépassé l'hélicoptère, Jessie put constater que ses ennemis de toujours subissaient un sort identique au leur. Sacha, Lem, Serena et la petite Clem tremblaient d'appréhension sous le Glock pointé dans leur direction, retenus eux aussi par le même genre de truands que le trio Rocket.

Et pour boucler le tout, ce fut ce moment que choisirent les deux, ou plutôt trois criminels responsables de leur galère à tous les sept pour sortir de l'appareil. James du miroir posa fièrement un pied au sol avec une grâce presque exagérée, accompagné du clone de Jessie et de celui de Miaouss. Son arrivée provoqua un silence pesant, seulement entrecoupé des pleurs et des gémissements de Clem, que d'ailleurs Jessie entendait implorer de là où elle se trouvait:

-Qu'est-ce que...qu'est-ce que vous avez fait de Dedenne et de Pouic! Vous n'avez pas le droit!

-J'ai tous les droits, gamine.

La blondinette fondit en larmes de plus belle. Son visage rondouillard se distinguait à peine sous les torrents d'eau salée ininterrompus.

-Et Pikachu! Et tous nos Pokémon! Demanda à son tour Sacha d'une voix trahissant sa peur.

-Bah! Vous n'êtes pas prêts de les revoir, ceux-là!

Lem cacha sa sœur en pleurs contre lui, l'entourant de ses bras protecteurs.

-Vous êtes abominable!

L'homme ne s'épuisa pas à lui répondre et claqua des doigts. A ce signal, ses sous-fifres et le reste des hommes se mirent également en marche, entraînant avec eux leurs prisonniers.

Ne sachant toujours pas où elle était conduite, et personne n'étant apparemment disposé à lui donner une réponse en bonne et due forme, Jessie préféra oublier cette question pour le moment et se focaliser sur quelque chose d'autre.

Elle commença en premier lieu par détailler les sbires qui obéissaient au doigt et à l'œil à cet imbécile aux cheveux lavandes. Ils portaient un genre d'uniforme entièrement noir, qui ne lui était pas totalement inconnu. En effet, c'était la tenue habituellement revêtue par les nouvelles recrues de la Team Rocket.

La femme fronça les sourcils, manquant de s'arrêter sous ses réflexions. Si ces gens s'avéraient bien être des recrues de l'organisation criminelle, comment se faisait-il qu'on leur confie des armes? Elle était au courant que les armes étaient fortement utilisées par les hauts gradés de la Team, mais depuis quand les simples minables de sbires obtenaient-ils l'autorisation de s'en servir? C'était à n'en pas dormir.

Plus loin devant, le deuxième trio infernal ouvrait la marche. Mais Jessie du miroir n'était pas sereine. Elle fit un geste de la main discret à Miaouss, ne souhaitant pas passer par la voie orale pour ne pas interpeller le meneur de la troupe. Heureusement pour elle, le félin reçut le message cinq sur cinq et se décala vers la jeune femme.

S'assurant de se trouver hors de la ligne de mire des sbires qui la suivaient, elle entreprit ensuite de mimer une forme ronde avant de désigner la Pokéball accrochée à sa ceinture. Son ami Pokémon pencha la tête, l'interrogeant du regard. La fille à la longue natte s'attrista et tenta de reproduire une sorte d'explosion, dispersant ses mains de part en part. Elle dut recommencer ce manège plusieurs fois, jusqu'à ce que Miaouss lui fasse signe d'arrêter.

Comme elle ne savait pas si cela voulait dire qu'il avait compris, ou qu'au contraire il pataugeait toujours, elle s'apprêta à réitérer ses mouvements quand le félin la coupa dans son élan en sautant directement, et tout en finesse, sur son épaule. Il lui murmura tout bas:

-C'est de Pitrouille dont tu parles?

La jeune femme tourna lentement la tête vers lui et le fixa, les yeux écarquillés, terrifiée des risques que venait de prendre le chat Pokémon, comme s'il avait dépassé une limite invisible ou franchi un seuil déjà critique. Mais elle confirma ses dires d'une brève inclinaison de la tête.

-Tu ne sais pas où il est?

Elle hocha la tête de nouveau.

-Tu l'as laissé s'échapper? Questionna le félin dans un souffle inaudible.

Le double de Jessie secoua aussitôt énergiquement la tête.

Miaouss posa ses deux pattes sur sa bouche, réalisant qu'il avait dit une grosse bêtise en se souvenant du combat ayant opposé les morveux, James, ainsi que l'autre Jessie. Pitrouille était sorti de sa Pokéball sous l'ordre de leur équipier. Mais sa véritable dresseuse ne l'avait-elle pas rappelée après cela?

-Tu ne l'as pas rentrée dans sa Pokéball...?

La jeune femme regarda un petit moment devant elle, nerveuse de se faire surprendre à papoter avec Miaouss, telle une gamine en faute, et en l'occurrence par l'homme qui se trouvait à quelques pas d'elle. Constatant qu'il n'en était rien, elle finit par chuchoter, tellement bas que Miaouss dut faire un effort considérable pour saisir ses mots.

-Il s'est passé tellement de choses durant le combat, et avec toutes ces explosions...Je ne l'ai pas perdu de vue longtemps, pourtant...

Le Pokémon observa sa coéquipière et amie, dont les larmes commençaient à humidifier les yeux, faisant scintiller son unique œil bleu, l'autre n'étant pas apercevable, caché par sa longue mèche de cheveux violette qui lui barrait le visage. Elle enfouit son visage dans ses mains, tentant de réprimer les sanglots qui lui montaient à la gorge.

-Il va bientôt revenir, j'en suis sûr.

Ce n'était pas seulement une phrase balancée pour la forme par le félin. Il l'avait formulée avec une conviction inébranlable et espérait de tout son cœur que son vœu se concrétiserait, pour le bien de Jessie. Il ne put rajouter quelque chose que la voix forte mais toutefois mielleuse de leur équipier tonna:

-Halte!

Sous les regards incompréhensifs de ses prisonniers, James du miroir cessa de marcher, ce qui entraîna l'arrêt forcé des gens se situant derrière lui. Lem s'écria:

-Pourquoi s'arrête-t-on? Il n'y a rien ici!

L'homme, figé sur place, sortit de sa poche un minuscule objet de couleur noire. Les esprits demeurèrent perplexes jusqu'à ce qu'il en presse un bouton.

Et la terre se mit à trembler. Au premier abord, Lem n'en crut pas ses yeux et vérifia par deux fois ses lunettes en voyant progressivement surgir aux pieds du groupe restreint une petite structure laquée de noir.

-Qu'est-ce que tu disais, déjà? demanda "James", un sourcil levé.

-Qu'est-ce que...débuta Sacha.

Mais il fut également interrompu par un bruit sourd émanant du bâtiment inconnu. Le garçon posa ses yeux bruns dessus. Il n'avait pas encore remarqué que cette structure était équipée de portes, qui s'ouvrirent à l'instant même, le faisant sursauter.

Clem, qui fut la plus rapide à comprendre ce qu'on attendait d'eux, supplia:

-Grand frère, je veux pas aller là-dedans...Il fait tout noir...Je veux Dedenne et Pouic...

Le blond auquel la fillette était accrochée lui passa doucement une main rassurante dans les cheveux, maintenant décoiffés:

-N'aie pas peur...Je suis là, je te protègerais...

Cela n'eut quasiment aucun effet sur la petite fille qui se contenta de trembler, se mordant la lèvre inférieure.

-Allons-y, messieurs!

James s'enfonça le premier dans l'obscurité, tandis que les autres doubles du miroir lui emboîtaient le pas.

Les sbires armés incitèrent leurs captifs à avancer en les maintenant sous la pression de leurs armes. Ces derniers n'eurent d'autre choix que de se soumettre et se dirigèrent vers l'inconnu d'un pas nonchalant pour les uns, craintif pour les autres.

Le premier trio Rocket seconda donc leur équivalent, et à peine eurent-ils posé un pied à l'intérieur que James manqua de peu de trébucher et de dévaler certainement très douloureusement l'escalier qui s'offrait à eux et semblait plonger dans les entrailles de la Terre.

Fort heureusement, il retrouva son équilibre juste avant le moment fatidique et expira longuement. Miaouss ronchonna:

-Vous auriez pu prévenir non?!

-Hum...Non.

Le groupe de morveux les suivirent, eux-mêmes surveillés consciencieusement par les sbires. L'escalier était partiellement éclairé par des lumières vacillantes, qui illuminaient de façon malsaine les visages des protagonistes chaque fois qu'elles s'activaient.

-Où...où va-t-on? demanda Serena, qui monopolisait toute sa concentration pour ne pas chuter dans les escaliers faits de bitume.

Elle n'obtint pas de réponse. Mais dans le fond, Jessie, James et Miaouss se posaient eux aussi la question. Des différents bâtiments appartenant à la Team qu'ils avaient fréquentés, aucun d'eux ne se trouvaient sous terre. Pas à leur connaissance.

Tous se contentèrent d'avancer en silence dans cet endroit lugubre et insalubre, priant secrètement pour la suite des évènements.


***


Sacha s'agrippa fermement aux barreaux de sa cellule, désormais complètement opérationnel et bien conscient de l'instant présent. Il essaya de passer sa tête à travers les tiges d'acier, sans succès.

-Qu'est-ce que vous faites!!! Revenez!!

Il secoua à nouveau les barreaux de métal, de manière encore plus violente. Il retira ses mains brûlantes et les observa en grimaçant. Son action n'avait rien changé, et il avait seulement récolté des égratignures.

Jessie le regarda, las:

-T'es vraiment bête toi. Tu crois qu'ils vont gentiment venir nous libérer?

-Je ne perds rien à essayer!

-Si, le peu de cerveau qu'il te reste.

Sacha grogna et se détourna. Il commença à frapper le mur en béton de ses poings faibles et s'appuya contre le mur en soufflant.

-Je ne peux pas rester ici...Je dois retrouver les autres!

La jeune femme qui partageait le lieu de détention du garçon bailla et s'assit inconfortablement sur le sol dur.

-Moi aussi je veux sortir, je te signale. Tu t'épuises pour rien, là.

Si Jessie s'était trouvée seule dans la cellule, en temps normal, elle aurait réagi identiquement au dresseur. Mais étant donné qu'elle n'était pas seule, sa fierté et son arrogance prenaient le dessus pour l'empêcher de céder à ses pulsions habituelles.

Elle fixa les barreaux de sa cage, avant de retourner à l'inspection de la cellule. Sale, mal éclairée, ce n'était pas si éloigné de tous les cachots qu'elle avait auparavant expérimentés à de multiples reprises. Elle frissonna. Il y faisait aussi réellement froid, cette fois-ci bien plus que ses anciennes prisons. Et chose étrange, c'était la plus grande cellule qu'elle n'aie jamais occupée. Enfin, elle croyait. Disons qu'à cause de l'éclaire défectueux, elle devait redoubler d'efforts pour distinguer les limites de la cage. Et elle n'y arrivait même pas.

-Pourquoi ça n'arrive qu'à nous...murmura suffisamment fort le jeune garçon.

-Ça m'est arrivé également, mon garçon.

Sacha releva la tête, imité par Jessie. Sa question était purement rhétorique, et d'ailleurs, qui lui avait répondu?

-Qui est là?

Il plissa les yeux, fixant les ténèbres de la cellule avec attention. Il patienta, espérant que la voix se ferait entendre de nouveau.

-Juste un pauvre homme.

Et Jessie s'adossa au mur, plus tendue qu'elle ne l'était déjà. Son angoisse monta d'un cran quand elle pensa reconnaître le propriétaire de la voix.

Plus de doutes possibles à présent. Un homme large d'épaules émergea soudain de l'ombre, et Jessie s'étrangla:

-Boss?!

-Je ne suis plus le maître de personne.

Sacha essaya de reculer, mais son dos rencontra les murs épais.

-Je...je vous reconnais...vous êtes...le Boss de la Team Rocket.

-J'étais, corrigea ce dernier.

Jessie se jeta à genoux devant l'homme aux traits acérés, et regretta amèrement ce choix quand la pierre lui écorcha les genoux:

-Vous...Boss...Qu'est-ce que vous faites enfermé ici?

L'homme déchu l'observa quelques instants, perplexe:

-Boss...? Ah oui, tu...vous êtes les petits voyageurs des mondes.

-Comment le savez-vous? S'exclama Sacha.

-J'ai beau ne plus être le maître de cette organisation, j'ai tout de même vent des dernières nouvelles. Les rumeurs circulent vite, haha.

Jessie le regarda, les yeux exorbités. Ce devait bien être la première fois de sa vie qu'elle entendait le Boss lâcher un rire autre que diabolique.

-Et relève-toi, ce n'est pas digne de toi...Jessie, continua Giovanni du miroir en posant sur elle un regard déstabilisant.

La jeune femme fronça les sourcils. Elle n'était pas experte en relations, mais d'après le peu qu'elle en savait, on utilise le prénom de quelqu'un seulement quand on est relativement proche de cette personne. Et, dans son monde, le Boss et elle n'étaient pas ce qu'on aurait pu qualifier de proches. Qu'est-ce que cette dimension tordue venait de mettre à l'envers, encore?

Pendant ce temps, Sacha, qu'un éclair de génie semblait avoir emballé, questionna vivement:

-Mais si vous êtes là, qui est-ce qui a le pouvoir sur la Team Rocket, à présent?

-Et comment vous êtes-vous retrouvé ici? Enchaîna Jessie.

L'ancien Boss baissa tristement la tête:

-Je...je me suis fait avoir. J'ai cédé à la peur qui m'habite depuis toujours, bon fuyard que je suis, et je me suis fait emprisonné par la seule personne qui détenait une influence assez considérable pour me renverser et prendre ma place...

-Qui? Coupa sèchement Sacha.

-Je crois que vous le savez déjà...

-Cessez les devinettes.

-Je...

-Crachez le morceau, s'impatienta Jessie.

Après un long silence, Giovanni du miroir finit par achever sa phrase:

-James...C'est James.

***


Logé agréablement dans le fauteuil en cuir de la pièce, les pieds calés sur le bureau et désormais vêtu d'un ensemble bien plus digne de son héritage de gentleman, le nouveau Boss de la Team Rocket enclencha un bouton d'une main, faisant tourner distraitement une coupe de vin rouge de l'autre. Quelques instants plus tard, une silhouette fit son apparition dans l'imposante salle, et se courba respectueusement en signe de salut.


-Tout s'est-il bien déroulé durant mon absence?

-Parfaitement, Monsieur.

-Très bien. Vous pouvez disposer.

L'agent s'inclina encore une fois en marque de politesse et s'éclipsa sans demander son reste.

-Alors, alors, alors...

L'homme se repositionna correctement dans son siège et se pencha en avant, étudiant les plans de son organisation, et plus particulièrement les cellules où il avait fait enfermé ses prisonniers de guerre.

-Oh non, quel dommage, je les ai mis avec lui...

Il soupira mélo-dramatiquement et releva la tête:

-Mais peu importe, il est bientôt temps...

Alors que la fin de sa phrase se perdit, avalée par l'immensité de la pièce, les yeux émeraudes de l'homme scintillèrent, animés par une flamme intarissable.

 

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Date de dernière mise à jour : 18/07/2017

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