Titre : À des kilomètres
Personnages : Jessie x Cassidy
Disclaimer : Les personnages ne sont pas à moi, je ne fais que m’amuser avec eux.
Résumé : Univers Alternatif – Canon divergent. Jessie a 21 ans et elle vit sa meilleure vie : elle a un bel appartement qu’elle loue en compagnie de Cassidy et un travail de rêve. Jessie a décidé de s’installer à Hoenn depuis l’époque du lycée, fuyant une vie toute tracée pour elle. Mais c’était sans compter sur son passé qui la retrouve après tout ce temps…
« Bonjour et bienvenue à l'hôtel Crique Crack de Nénucrique ! »
Jessie, vingt et un an, salua les clients – deux tourtereaux en lune de miel, si elle en jugeait les bagues jumelles à leurs doigts – qui s'avançaient près du comptoir en traînant leurs valises.
« Bonjour, nous avions réservé une chambre pour cette nuit. », dit la femme avant de prendre un air désolé. « Nous arrivons un peu tôt. »
Effectivement : en zyeutant sur l'heure numérique au coin de l'écran du gros ordinateur cubique, Jessie constata qu'il était 16 h.
« Bien sûr, c'est à quel nom ? », voulu savoir Jessie en pivotant son fauteuil à roulettes de moitié vers l'écran, les mains en suspens sur le clavier noir.
« Jarini. », répondit le jeune homme.
Ses ongles parfaitement manucurés cliquetèrent contre les touches du clavier le temps de ses recherches, et Jessie releva les yeux de son ordinateur pour regarder les clients avec un sourire.
« C'est bon, j'ai votre réservation. Chambre 203. », dit-elle en se levant pour cueillir une clé avec une étiquette jaune sur le tableau à crochets en liège juste contre le mur derrière elle.
« Tenez. », dit Jessie en confiant la clé de la chambre et en souriant d'un air taquin, la tête légèrement penchée sur le côté avec un regard entendu. « Et toutes mes félicitations pour votre mariage. Ne vous en faites pas, nos chambres sont parfaitement insonorisées. »
Le jeune couple rougirent et bafouillèrent une incompréhension, puis ils quittèrent l'accueil pour montrer à l'étage alors que Jessie ne put s'empêcher de pouffer de rire.
Une fois que les clients furent partis, Jessie remarqua qu'il n'y avait personne d'autre à l'accueil et en profita pour soulever le miroir ovale posé face contre le bureau et pour admirer son reflet.
L'accueil était le visage même de l'entreprise, elle était la première employée à laquelle les clients faisaient face en entrant dans l'hôtel. Il fallait donc avoir une tenue fabuleuse – chemisier blanc sans manches, tailleur gris et collants – un physique de rêve et un service d'accueil irréprochable. Et qui pourrait être mieux qualifié pour le poste que Jessie ? Absolument personne.
Elle excellait dans son métier, si bien qu'elle brillait sous les feux des lumières de l'hôtel – et cela n'avait rien à voir avec son rouge à lèvres pétillant assortit à sa longue chevelure rouge, ni à son mascara qui étirait ses cils et qui faisait ressortir ses yeux bleus profond, et encore moins grâce à la poudre qu'elle avait sur le visage.
Elle sourit à son reflet et pensa distraitement que cela faisait déjà cinq ans qu’elle avait décidé de s’installer à Hoenn en compagnie de Cassidy. Une scène en particulier lui revint en tête.
« Jessie ? », appela Cassidy depuis le lit, assise contre les gigantesques oreillers rembourrés, alors qu'elle tripotait le coin des billets qui leur restait dans leur sac-banane.
La concernée, âgée de seize ans à ce moment-là, fredonna en guise de réponse alors qu'elle faisait un pas en arrière pour être dans le champ de vision de la blonde tandis qu'elle restait devant le miroir de la salle de bain, les mains occupées à fixer la serviette enroulée autour de ses cheveux, et penchait la tête sur le côté afin de lui faire savoir qu'elle écoutait.
Cela faisait déjà une semaine et demie qu'elles avaient accostées à Nénucrique. Ne faisant pas les choses à moitié et voulant profiter un maximum du cadre vacancier, de l'air marin, et surtout du bon paquet de fric que Jessie avait volé à Giovanni, les filles avaient décidées de séjourner dans un hôtel 3 étoiles avec petit déjeuner compris tous les matins et SPA à tout moment de la journée.
« On est presque à sec. », soupira Cassidy. « Avec l'argent qu'il nous reste, on peut tenir jusqu'à samedi, et après on devra rentrer à Kanto… »
« Pardon ?! », rétorqua Jessie en tournant la tête pour fusiller la blonde du regard, comme si elle avait été vexée personnellement. « Hors de question de remettre un pied à Kanto ! »
« Et comment tu veux faire pour rester ici sans pognon, exactement ? », voulu savoir Cassidy.
« Pas besoin de pognon. », répondit Jessie en haussant les épaules et en tournant vers le lavabo pour y saisir son tube de soin pour le visage. « Dois-je te rappeler que nous sommes les reines du vol ? On peut avoir tout ce qu'on veut. »
« Peut-être, mais pas une chambre d'hôtel. », répliqua Cassidy, contrariée.
« Un numéro de charme auprès des réceptionnistes et le tour est joué. »
« Tes charmes ne fonctionnent sur aucun homme, Jess. », répondit Cassidy d'une voix monotone.
« Va te faire foutre », ricana Jessie, amusée. « Si mes charmes fonctionnent sur toi, ils fonctionnement sur n'importe qui. »
Cassidy n'avait aucune réponse à lui rétorquer et Jessie ne put s'empêcher de prendre un air triomphant.
« Et s'ils refusent de nous donner une chambre ? Où est-ce qu'on dormira ? », questionna encore la blonde.
« C'est là que ton Rattata va enfin nous servir à quelque chose. », dit Jessie dans un sourire en coin alors qu'elle appliquait sa crème de soin sur ses joues. « Tu te fera passer pour une dresseuse et on pourra crécher au centre Pokémon gratuitement. »
« Et si on veut se faire des restaurants parce qu'on en aura marre du self du centre Pokémon ? »
« Il me reste des bouts de verre pour faire quelques scandales ici et là. Et si je suis à court, il suffit de voler une bouteille de Soda Cool en verre et de l'éclater une fois vidée pour refaire du stock. », répondit naturellement la jeune fille aux cheveux rouges. « Et dans le pire des cas, nous sommes toutes les deux endurantes, nous pouvons tenir une course à pied jusqu'à semer les vigiles ou la police. Pourquoi tu crois qu'on fait des galipettes au lit tous les deux soirs, à ton avis ? », demanda-t-elle en lui lançant un regard malicieux et un sourire arrogant.
Cassidy rougit en fronçant les sourcils, avant de secouer la tête pour se débarrasser de ses pensées. Elle tritura distraitement et anxieusement le coin de ses billets.
« J’sais pas, Jess… Tu crois vraiment qu'on peut survivre comme ça pendant des années ? », demanda-t-elle d’une voix morose, l’air vaincue.
« On utilisera ces techniques jusqu'à l'épuisement, et en dernier recours, on peut toujours faire des petits jobs à droite et à gauche. »
« Mais comment, Jess ? On n'a même pas de diplôme ! », fit valoir Cassidy en étendant les bras, frustrée des réponses laconiques de sa petite amie.
« Un CV, ça se trafique, ma cocotte. »
« Tu plaisantes ? T'es archi nulle en paperasse, Jessie ! », accusa Cassidy en la pointant du doigt avant de croiser les bras, un pli entre les sourcils. « Et ne m’appelle pas “ma cocotte”. »
« Eeeet », dit l'adolescente aux cheveux rouges en faisant trainer la syllabe et en roulant des yeux alors qu’elle abandonnait son maquillage pour sortir de la salle de bain. Elle se rapprocha du lit où Cassidy était toujours assise en tailleur, se pencha vers elle et tendit la main pour soulever doucement son menton pour croiser son regard améthyste. « C'est pour ça que je t'ai. »
La blonde se renfrogna, son nez se plissant adorablement alors qu’elle croisait un peu plus les bras vers l’intérieur, et elle regarda ailleurs, vexée.
« Quoi, j’te sers juste pour les papiers alors ? », bouda Cassidy.
Son choix de mots fit ricaner Jessie. Cette dernière tendit ensuite le cou et pencha la tête pour attraper les lèvres de sa partenaire avec les siennes dans un rapide baiser.
« Non, pour les bisous aussi. », répondit-elle facilement.
« J’te déteste tellement. », grommela Cassidy sur un ton qu’elle ne pensait pas du tout.
« Moi aussi, j’te déteste. », répondit-elle d’une voix légère, un sourire en coin, tandis qu’elle clôturait sa phrase d’un second bisou sur les lèvres de sa chère et tendre, avant de s’éloigner. « Et en dernier recours, je peux faire mes super numéros de diseuse de bonnes aventures. »
Cassidy se moqua.
« Des numéros de diseuses de bonnes aventures ? T’es au courant que ça va jamais marcher ? Les gens ne sont pas si débiles… »
« Ohh mais tu ser’lais sur’lpr’lise de vôar à quel point les gens sont cr’lédules. », dit-elle en prenant une grosse voix et en roulant parfaitement les R, ce qui arracha un sourire amusé à Cassidy qui secoua doucement la tête à ses bouffonneries.
Après cette discussion, elles ont fait exactement comme Jessie l'avait prévue : grappiller des chambres d'hôtel avec leur charme – qui, quoi qu'en dise Cassidy, fonctionnaient parce qu'elles en avaient fait une compétition et qu'elles avaient tenu les comptes, des repas gratuits grâce aux nombreux bouts de verre placés stratégiquement dans leur assiette, des courses-poursuites contre les vigiles et la police en s'enfuyant des magasins de prêt-à-porter, des petits boulots miteux pour gagner à peine 300 Pokédollars, les numéros de diseuses de bonnes aventures qui, à la surprise de Cassidy, avaient bel et bien fonctionné… bref : un début de nouvelle vie chaotique.
Elles avaient réussi à faire leur magouille pendant un an.
Après ça, Jessie avait finalement admis, sous l'insistance de Cassidy qui était à deux doigts de tout stopper, qu'elles ne pouvaient plus vivre de cette façon et qu'elles devaient tout faire pour obtenir une vie décente. Surtout si Jessie voulait qu'elles restent ensemble, avait sous-entendu Cassidy. Jessie nierait toute sa vie avoir eu les larmes aux yeux à cette implication, qui déterrait sa plus grosse peur qui l'avait hanté toute sa jeunesse : l'abandon.
Une fois déterminées à repartir de zéro, les deux filles s'étaient mises en quête d'un emploi stable pendant qu'elles créchaient au centre Pokémon. L'infirmière Joëlle – béni soit son cœur en or – avait accepté de laisser une chambre de manière permanente aux filles jusqu'à ce qu'elles puissent louer ou acheter un appartement.
Cassidy avait rapidement décroché un travail dans la vente d'une petite boutique de cosmétique. Là-bas, Cassidy adorait conseiller et maquiller les autres, mais ce qu'elle aimait le plus, ce fut les potins des gens. Évidemment, avait ricané Jessie. Pour miss reine-des-rumeurs, c’était le paradis.
Et Jessie, après avoir insisté lourdement au point d'épuiser les ressources humaines de l'hôtel et son propriétaire, avait enfin obtenu le poste d'agent d'accueil tant convoité.
Les deux filles, une fois l'argent suffisant pour se payer un appartement, en avaient choisis un dans un HLM en haut des collines, avec vue sur la mer d'un côté et vue sur le centre commercial de l'autre. Elles y avaient élu domicile depuis trois ans et elles étaient très contente d'avoir un endroit qui leur appartenait.
Jessie pouvait dire sans prétention qu'elle vivait sa meilleure vie. Elle avait enfin trouvé un coin de bonheur, ici, dans cette ville en bord de mer.
Sortent de sa rêverie, elle continua d'accueillir tous les clients qui se présentaient pour prendre une chambre ou pour avoir des renseignements, parfois même au téléphone, ce qui lui donnait l'occasion d'enrouler le câble déjà tortillé autour de son index et de se balancer légèrement avec son fauteuil.
Les clients se succédèrent sans fin et lorsque Jessie eut un moment de répit, elle loucha sur l'horloge de son ordinateur cubique : 18 h 45.
Elle avait hâte que son service de jour se termine – d'ici 15 minutes – afin qu'elle puisse rentrer à la maison, pensa-t-elle en s'étirant le dos, bras levé tandis que son autre coude était replié derrière sa tête. Un sourire aussi mélancolique que tendre étira ses lèvres à cette pensée alors qu'elle soupirait en baissant les bras. Rentrer à la maison, un concept brisé depuis que sa mère avait perdu la vie dans une mission à l'étranger, et un concept progressivement oublié lorsqu'elle avait été placé en foyer d'accueil. Mais depuis qu'elle avait décidé de s'enfuir de ce destin de sbire de la Team Rocket et qu'elle avait décidé de construire une vie dans une autre région, une vie honnête, avec un travail convenable, un endroit où rentrer le soir et avec Cassidy dans ce cadre chaleureux, elle se disait qu'elle avait eu sa revanche contre ce monde atroce qui l'avait malmené.
Ting.
Les portes coulissantes s'ouvrirent et un homme avec un képi noir légèrement baissé sur ses yeux, portant un uniforme tout blanc à l'exception de son col roulé noir qui redescendait en V, fit son chemin jusqu'au comptoir. Flairant un client plein aux as, Jessie colla son meilleur sourire de clientèle alors qu'elle fermait ses paupières pour le saluer.
« Bonjour et bienvenue à l'hôtel Crique Crack de Nénucrique ! », récita-t-elle par cœur.
« C'est donc là que tu te cachais, Jessie. », répondit-il.
Elle ouvrit les yeux et en regardant le visage de l'homme qui venait de relever son képi, elle resta bouche-bée.
Yeux gris perçant, cheveux bleus court dépassant de son képi, visage ovale.
Amos.
Bras droit de Giovanni.
Merde.
« J'espère que tu as bien profité de tes cinq années dans la ville, Jessie, parce que ton quartier libre est terminé. »
Amos eut ensuite le culot de pouffer à l'expression incrédule de Jessie, tandis que ses yeux en amandes portaient une expression malicieuse et que son sourire était tordu.
« Quoi, me dis pas que tu ne t'attendais plus à nous revoir quand même ? »
Jessie referma la bouche et avala sa salive tout en fronçant les sourcils et en le dévisageant sans vergogne.
« Qu'est-ce que tu veux ? », voulu-t-elle savoir sur un ton ferme, n'ayant aucune honte à tutoyer un haut-gradé de la Team Rocket.
Amos reprit son air sérieux, pas du tout amusé à jouer aux devinettes.
« Tu sais très bien ce que je veux. Ce que Giovanni veut. Il est temps de passer à table, Jessie. »
« J'ai pas faim. », répondit-elle d'une voix monotone.
« Avec Giovanni, pas besoin d'avoir faim. »
Jessie resta silencieuse en faisant de son mieux pour aborder un visage impassible. Parce qu'à l'intérieur, son cœur battait à un rythme fou. L'air scrutateur d'Amos n'arrangeait rien, et encore moins le fait qu'il s'accoude nonchalamment au bord du comptoir. Jessie faisait de son mieux pour écouter ce qu’il avait à dire alors qu’elle sentait le sang battre dans ses tempes.
« Tu sais, si t'étais enfui sans rien voler, on ne serait probablement pas parti à ta recherche. Mais il a fallu que tu fasses ta maligne. Si ça ne tenait qu'à moi, je te collerais une balle dans la tête. Ou je demanderais à Ariane de le faire, mais elle a déjà eu la chance d’abattre un flic comme ça il y a longtemps. », dit-il en haussant les épaules d'un air désinvolte, avant de reprendre son sérieux d'un regard perçant. « Giovanni te veut en vie jusqu'à ce que tu lui aies rendu tout son pognon. »
« J'l'ai pas son putain de fric ! », s'énerva Jessie, avant de relâcher son expression pincée et de sourire d'un air narquois, similaire à l'expression supérieure que Amos portait tout à l'heure. « Quoi, me dis pas que tu t'attendais à ce que je vole son argent sans rien dépenser quand même ? »
« Sale insolente ! », cracha Amos en écartant légèrement le col de sa veste d'une main et en plongeant l'autre main dedans.
Jessie se figea au même moment où elle entendit un clic. Amos resta immobile avant de fermer les yeux et de prendre une inspiration par le nez pour se calmer. Le froid du métal de son arme avait dû l'aider à refroidir ses ardeurs et à se rappeler le but de sa mission.
Il se redressa, sortit sa main vide de sa poche intérieure, et remis correctement son costume en place d'un mouvement sec.
« Tu as deux jours pour récolter l'argent que tu dois. Débrouille-toi comme tu veux, ce n'est pas mon problème. Mais ça le deviendra si tu n'as pas ce que le Boss demande. », menaça-t-il sur un ton condescendant qui agaçait Jessie, bien décidé à le remettre en place, avant que ce dernier ne semble se rappeler d'autre chose et de dire : « Ah, et si tu ne veux pas qu'on prenne ta p’tite copine pour cible, tu feras le bon choix. »
Jessie ravala son va te faire foutre qu'elle avait sur le bout de la langue à l'entente de sa dernière phrase qui lui glaça le sang. Amos, satisfait d'avoir fait mouche, s'accorda un sourire ainsi qu’un regard entendu à l'encontre de Jessie, et tourna les talons.
Jessie était pétrifié sur son siège, incapable de bouger un muscle ou même de penser. Son cerveau était comme un bingo dont la roue tournait mais qu'aucune des boules à chiffres ne voulaient sortir.
Une main sur son épaule la fit sursauter et elle se tourna de moitié pour voir sa collègue de travail, Mélina, la regarder d'un air inquiet à travers ses lunettes rectangulaires et ses cheveux bruns raides.
« Jessie, ça va ? T'es toute pâle… »
La concernée ouvrit la bouche, comme un automatisme, mais les mots restaient coincés dans sa gorge. Elle papillonna des yeux et toussa à l'intérieur de son poing, avant de racler sa gorge sèche.
« Je, euh, oui. Oui ça va. », bredouilla-t-elle en pivotant vers son poste de travail pour ranger ses papiers ou son clavier à la va-vite.
« Non, laisse. Je prends ta place ; c'est l'heure pour toi d'y aller. », répondit gentiment Mélina dans un sourire contrit.
Jessie s'arrêta dans ses mouvements frénétiques et constata en regardant l'heure sur son ordinateur qu'effectivement, son temps de travail était terminé et qu'elle devait passer le relais à sa collègue. Elle se leva d'un air hébété et se décala alors que Mélina faisait pivoter le fauteuil et s'installait dessus.
« T'es sûre que ça va ? », demanda-t-elle à nouveau en lançant une œillade à Jessie.
« Je– j'dois aller aux toilettes et je file direct après. », balbutia Jessie avant de prendre la poudre d'escampette.
Malgré le fait qu'elle soit déphasée, elle eut la présence d'esprit de récupérer son sac à main et elle fronça droit vers le couloir des toilettes, ignorant les aurevoirs de sa collègue.
Jessie fit grincer la porte massive en bois d'une poussée de l'épaule et elle lâcha son sac à main à ses pieds au même moment où elle s'arrêta devant le deuxième évier. Elle posa ses paumes sur le rebord en marbre, de part et d’autre du lavabo blanc, comme pour soutenir son poids, et soupira alors qu'elle rentrait le cou dans ses épaules, tête baissée.
La scène avec Amos se rejouait dans sa tête, de même que la dernière phrase qu'il avait prononcée et qui donnait encore des frissons à Jessie.
« Bordel ! », jura la jeune femme en tapant sur le rebord avec ses poings serrés.
Elle se redressa et se mit ensuite à faire les cents pas entre les miroirs et les cabines tout en ratissant sa chevelure rouge avec ses ongles parfaitement manucurés.
Non ! Non ! Non ! Ça ne devait pas se passer comme ça ! Elle avait enfin tourné le chapitre Team Rocket et elle était passé à autre chose ! Tout allait bien !
Jusqu'à ce qu'on la retrouve…
Jessie se mit à rire jaune. Bien sûr qu'elle ne serait jamais tranquille. Le karma était venu collecter ses dettes et ça n'allait pas être joli.
Un regret passa alors dans son esprit : elle aurait dû se foutre de la gueule d'Amos et de la Team Rocket pour avoir mis autant de temps à lui mettre le grappin dessus. Elle était presque sûre qu'ils avaient fouiller Kanto de fond en comble, avant de passer à la région suivante et de faire pareil.
Que faire, maintenant ? S’enfuir ? Jessie avait prévu des valises de secours pour partir en urgence si les choses tournaient mal : était-ce enfin le moment de les utiliser ? Mais pour aller où ? S’ils avaient fouillé Kanto, Johto et Hoenn, quel choix restait-il ? Sinnoh ? Unys ? Elle avait beau vouloir s’enfuir, cela reviendrait au même ; ils la retrouveront toujours. Et Cassidy ? Devait-elle l’emmener avec elle alors que sa vie était également menacée ? Devait-elle lui faire prendre tous ces risques pour qu’elles soient toujours ensemble ?
Jessie secoua la tête pour évacuer ses pensées parasites. Peu importe où elle prévoyait de partir. S’il y avait bien un endroit où elle devait rentrer, là tout de suite, c’était à la maison. Peut-être que son esprit sera plus clair une fois là-bas. Mais avant, elle devait faire un détour par le centre commercial.
La porte claquait derrière Jessie alors qu'elle verrouillait la serrure d'un tintement de clé.
Alors qu'elle pivotait, son sac à main se balançant au bout de son bras, et qu'elle déposait ses clés dans le ramequin qu'il y avait sur le meuble à l'entrée, Cassidy arriva dans l'entrée munie d'un tablier.
« T'en as mis du temps ! », rouspéta-t-elle en la pointant avec une cuillère en bois.
Jessie eut un sourire amusé avant de combler la distance et de prendre sa petite amie dans ses bras.
« Je suis là maintenant. Et c'est tout ce qui importe ; t'es pas d'accord avec moi ? »
Bien que contrariée, la blonde bourdonna en guise de réponse tandis qu'elle entourait la taille de Jessie et arrêtait ses poignets dans le creux de ses reins. Jessie soupira d’aise en fermant brièvement les yeux, se perdant à nouveau dans ses pensées.
Cassidy était à ses côtés, l'aimant inconditionnellement, même avec ses défauts que la blonde n'hésitait jamais à pointer du doigt. Mais c'était de bonne guerre : Jessie faisait pareil. Les deux se chamaillent de temps en temps pour des broutilles ou se lançaient souvent des piques mais cela n'enlevait en rien l'affection qu'elles avaient l'une pour l'autre, ni le lien fort qu'elles avaient tissé malgré des débuts difficiles.
En resserrant sa prise sur les épaules de sa partenaire et en respirant le doux parfum que cette dernière portait sur ses cheveux blonds alors qu'elle se blottissait contre le côté de sa tête, Jessie pensa qu'elle était enfin rentrée à la maison.
Les deux filles s'écartèrent, mais elles restèrent toujours dans les bras l'une de l'autre. La blonde observa les yeux bleus de sa partenaire, avant de lever une main pour caresser doucement la joue avec ses phalanges, tandis que Jessie se pencha à son contact.
« Ça va ? T'as une mine affreuse. »
L'image d'Amos clignota dans son esprit et Jessie s'efforça de fermer les yeux pour ne plus penser à sa menace.
« Fatiguée… », souffla-t-elle. « Le boulot était épuisant. »
« Heureusement, je suis en train de faire à manger ; ça va te redonner des forces. »
« Merci. », soupira Jessie en lui donnant un demi-sourire.
Cassidy lui donna un rapide bisou au coin des lèvres et les deux filles se séparèrent ; la blonde retournait aux fourneaux dans leur cuisine ouverte, gardant un œil sur sa petite amie, tandis que l’attention de Jessie se posa sur le Rattatac de la blonde qui s’approchait d’elle.
Elle s’accroupit tout en posant son sac à main dans un cliquetis et l’ouvrit pour en sortir un sachet en papier qui contenait un Lava Cookie. Elle donna le biscuit à Rattatac, qui le prit entre ses petites pattes et le grignotât avec ses longues incisives. Alors que Jessie caressa doucement la tête du Pokémon, la voix de Cassidy se fit entendre sur un ton de reproche.
« Jess ! J't'ai déjà dit de ne pas lui donner ces foutus cookies ! »
La concernée ne perdit pas le sourire qu'elle avait et roula des yeux en signe d'exaspération.
« Mais il les adore ! », fit-elle valoir en montrant le Pokémon d'un geste des mains tout en se redressant.
« C'est un Rattatac, il boufferait n'importe quoi ! », rétorqua la blonde en levant les bras au ciel tandis que le Pokémon en question sifflait contre sa dresseuse. « J'te signale qu'il a pris 5 kilos depuis que tu lui ramène des Lava Cookie ! »
Jessie ne semblait pas inquiétée par cette information, alors Cassidy pris un air grave tout en fronçant les sourcils, et parla d’une voix calme.
« Je suis sérieuse, Jess. Si tu lui ramène encore un cookie, j’te banni de la maison. »
La jeune femmes aux cheveux rouges resta immobile et bouche-bée face à la menace de sa partenaire. La blonde soutint son regard encore quelques secondes de plus, avant de faire volte-face et de retourner à ses fourneaux. Jessie baissa ensuite les yeux pour croiser le regard vide de Rattatac.
« Profite de ton dernier cookie, parce que ce sera le dernier. », dit finalement Jessie dans un sourire contrit.
À ces mots, le Pokémon grignota alors son gâteau plus doucement, les moustaches tombantes.
« Désolé, mon pote. », s’excusa Jessie en lui caressant la tête.
Puis elle enjamba le rat géant pour s’attabler à la petite table contre leur grande fenêtre, munie de rideaux de part et d’autre, avec vue sur la ville. Les couverts étaient déjà mis et lorsqu’elle se redressa après avoir rapproché sa chaise, Cassidy déposait la poêle au centre de la table. La bonne odeur de la paëlla marine, avec des petits Coquiperl, des Écrapince, des Krabby, des poivrons, des épices et du riz jaune.
« J’aurai bien pris des Flingouste et des Gamblast, spécialités de Kalos, mais c’était beaucoup trop cher. », informa Cassidy.
Jessie fredonna tout en respirant la fumée qui s’échappait de la casserole, un grand sourire sur le visage.
« C’est très bien comme ça, Cass. », rassura-t-elle alors qu’elle se servait déjà quelques cuillères dans son assiette avant de passer la louche à sa petite-amie.
Elle remplie ensuite leur verres avec de l’eau pétillante, et alors que Jessie attaquait avec entrain sur l’instant, au bout de deux fourchettes, son rythme ralenti drastiquement dès qu’elle repensa à sa fin de journée de boulot. Son appétit la quittait à vitesse grand V, comme une batterie vide et, soudainement, Jessie n’avait plus faim. Elle but une gorgée d’eau puis tritura sa nourriture dans l’espoir de berner la blonde. Malheureusement, Cassidy le remarqua et ne tarda pas à lui en toucher deux mots.
« Ça va, Jess ? »
Alors que Jessie retournait distraitement sa fourchette sur son assiette, elle releva les yeux et lui adressa un sourire navré.
« Pardon… Tu t’es donné du mal pour faire la cuisine et je n’arrive pas à tout manger… »
« Hé… », elle tend la main pour lui prendre le bras et lui sourire doucement au-dessus de leurs assiettes. « C’est pas grave. Tu veux en parler ? »
« Non… », répondit-elle dans un sourire contrit, des remords pleins les yeux. « Mais peut-être qu’avec un peu de crème glacée à la mure… je me sentirais mieux. »
Cassidy roula des yeux à son caprice qu’elle utilisait la carte de sa glace préférée.
« Eh bien, c’est ton jour de chance ; je suis passé au supermarché et ils en avaient encore en rayon. », répondit la blonde, fière de sa trouvaille.
À ce moment-là, les épaules tendues de Jessie s’affaissèrent légèrement alors qu’elle soupira d’aise.
« Je t’aime, tu sais ? », lança-t-elle à Cassidy.
La blonde se sentit pousser des ailes à cette déclaration, comme en attestait les cheveux qu’elle lançait par-dessus son épaule.
« Évidemment que tu m’aimes. Qui ne m’aimerait pas, voyons ? »
« Ta mère et ta connasse de sœur ? », hasarda Jessie, un sourire amusé au coin des lèvres, alors qu’elle posait sa tête sur sa paume, accoudée au bord de la table.
Cela provoqua un râle et un roulement d’yeux de la part de la concernée alors qu’elle se levait dans un grincement de chaise pour débarrasser les assiettes.
« Urgh, s’il te plaît ne parle même pas d’elles devant moi, j’pourrais faire un AVC. »
Jessie ricana à son numéro de drama-queen, puis emboita le pas pour l’aider. Une fois la table nettoyée, elles se posèrent sur le canapé, ayant décidé de partager le pot de glace tout en regardant la télé. Il fut gardé dans les bras de Jessie, pendant que Cassidy piochait de temps en temps à l’intérieur.
Malgré l’émission débile qui arrachait quelques rires discret à la blonde, Jessie n’entendait même pas les bêtises que les participants de la télé-réalité se lançaient à l’écran. Maintenant qu’elle n’avait plus Cassidy en face d’elle, elle pouvait s’enfermer dans ses pensées concernant la menace d’Amos.
Parce que si elle ne trouvait pas une solution rapidement, ces moments de bonheur allaient lui être enlever. Jessie avait envie de pleurer, mais elle préféra enfoncer une grosse cuillère de glace dans sa bouche pour faire glisser le nœud qui s’était formé dans sa gorge et pour se geler le cerveau ; peut-être qu’il pourrait se réinitialiser et qu’elle aurait un éclair de génie à un moment donné ?, se dit-elle en remettant son destin entre les mains du hasard – ou d’Arceus, si cette satané divinité avait un cœur.
Le temps défila inexorablement et Jessie avait perdu le fil de ses pensées stratégique. Elle avait bien pensé à braquer une banque, mais sans l’aide de Cassidy pour faire diversion, ce n’était même pas la peine, elle se ferait repérer et dénoncer illico presto. Et une fois en prison, difficile d’en sortir. Surtout qu’elle voyait mal Cassidy s’échiner comme une folle pour payer la caution de Jessie. Si elle merdait de cette façon, elle était sûre que la blonde ne voudrait plus rien à voir affaire avec elle. Et que le carton de ses précieuses affaires finiraient en vente au marché pour que Cass se fasse de l’argent sur son dos ou pire ; vendu à des pouilleux qui n’auraient aucune idée de la valeur de ses vêtements et autres robes de princesses. Elle avait alors fait une croix sur cette idée avant de passer à la suivante, non sans pêcher une grosse cuillère de glace.
Sa deuxième idée avait été de s’éclipser ce soir et les deux soirs suivants pour vendre son corps de rêve au plus offrant. Après tout, Jessie avait le corps d’une diva, elle pouvait très bien l’utiliser à bon escient. Pas sûre qu’elle réunisse tout l’argent mais elle pourrait toujours négocier avec Amos après lui avoir rapporter la moitié, avait-elle spéculé, avant de secouer la tête pour abandonner cette histoire. Même si l’argument de leur vie en jeu se tenait, Cassidy ne lui pardonnerait jamais.
Sa troisième et dernière idée fut de vendre ses bijoux à prix d’or, mais malgré son talent pour le marchandage, elle n’avait pas assez de bijoux pour espérer réunir la gigantesque somme qu’Amos réclamait…
Et c’est comme ça qu’elle s’était retrouvée avachie sur le canapé, presque assise sur ses hanches, ayant abandonné le pot de glace à leur pied sur le tapis avec les cuillères à l’intérieur. Cassidy avait rapporté un plaid à un moment donné : résultat, les deux somnolaient au fur et à mesure que le temps s’écoulait. Alors qu’elles piquaient du nez, la sonnette résonna soudainement dans tout l’appartement, faisant sursauter les deux filles.
« Bah ? Qui ça peut bien être à cette heure-là ? », demanda Cassidy à voix haute en fronçant les sourcils. « Reste-là, j’vais voir… », dit-elle en se levant et en contournant le canapé.
Mais Jessie, ayant un mauvais pressentiment, préféra la suivre. Elle se leva – quoique beaucoup plus lentement, comme si elle avait la sensation d’être dans du coton ; elle fit le tour du canapé, se retenant sur le bord du dossier pour faire une pause, puis suivit la blonde dans le petit couloir qui menait à l’entrée.
Le cerveau de Jessie se reconnecta subitement et ses yeux s’écarquillèrent alors qu’elle vit la main de blonde déverrouiller la porte d’un tour de clé et saisir la poignée de porte.
« Cass, attends ! », cria-t-elle en tendant la main alors que son cœur sautait dans sa gorge.
Mais c’était trop tard.
Cassidy lui lança un coup d’œil, intriguée par l’explosion soudaine et apeurée de sa petite-amie, avant de tourner la tête pour faire face à l’arrivante : Ariane.
Avec ses cheveux flamboyants qui atteignaient ses épaules et une mèche sur son front qui rebiquait vers l’arrière, avec ses yeux rouges en amandes, avec ses sourcils épais, avec ses boucles d’oreilles dorés en triangles – cadeau de Giovanni – et dans son uniforme de blanc de commandante.
En retrait, Jessie pâlit à sa vue.
« Cassidy… Ça fait longtemps… », lâcha Ariane dans un petit sourire malgré son expression réservée.
En effet, la dernière fois que Cassidy avait vu Ariane, elle et Jessie n’étaient que des adolescentes. Comme chaque année, la famille italienne avait convié Jessie à un repas en l’honneur de sa mère décédée – Jane – et c’est tout naturellement que la jeune fille aux cheveux rouges avait invité Cassidy à se joindre à elle. Sa soudaine venue n’avait pas plu à Giovanni puisqu’elle se souvenait encore des regards noirs et de ses lèvres pincées de dégoût qu’il lui lançait pendant le repas, préférant se concentrer sur ses lasagnes et son Colhomard fumé. Leurs hôtes avaient été perturbés, certes, mais Ariane avait fait un effort pour intégrer Cassidy dans leur maison, n’ayant que le bonheur de Jessie en tête à ce moment-là. Et pour la blonde, c’était suffisant pour apprécier la femme du Boss et en garder un bon souvenir.
Cassidy cligna des yeux pour sortir de ses souvenirs et hocha la tête en guise de réponse, toujours hébété et ne trouvant pas de mot très éloquent pour ces retrouvailles inattendues.
« Qu’est-ce que vous faites là ? », se força-t-elle à demander alors qu’elle faisait légèrement vaciller la porte, la main toujours sur la poignée.
« Pardon de venir aussi tard. Je voulais prévenir Jessie, mais je ne suis pas arrivée à temps. », dit-elle sur un ton solennel et les yeux brillants d’excuses, avant de tourner la tête vers la concernée pour s’adresser à elle. « Et vu ta tête, tu sembles déjà au courant. »
« Quoi ? », intervint Cassidy en se tournant vers sa petite-amie et en fronçant prudemment les sourcils. « Qu’est-ce qu’il s'est passé ? C'est pour ça que t'es bizarre depuis que t'es rentrée ? »
Jessie grimaça à sa perspicacité et regarda ailleurs.
« Jessica. », insista la blonde sur une voix ferme et Jessie savait que lorsqu’elle employait son nom complet, cela n’augurait rien de bon. « Dis-moi ce qu’il se passe d’aussi important qui justifie la présence d’Ariane chez nous. »
Elle jeta un coup d’œil à la rousse et vu l’expression de son visage, Jessie ne savait pas si elle était en train de la juger pour ses cachoteries ou si elle l’encourageait à tout dire. Puis elle soupira, résignée, et leva les yeux pour soutenir le regard améthyste de sa partenaire.
« Amos est venu me voir au travail. J’ai deux jours pour réunir le fric que j’ai volé à Giovanni, sinon ils vont s'en prendre à nous. », annonça-t-elle calmement, son estomac faisant un looping et lui donnant la nausée pendant qu’elle le disait.
Un silence de mort s’en suivit, mais pas pour très longtemps. Dès que le cerveau de Cassidy se reconnecta, sa voix aigüe résonna dans la pièce et dans le couloir de l’immeuble.
« Quoi ?! », s’exclama la blonde en lui assénant un regard noir avant d’avoir la présence d’esprit de faire entrer Ariane à l’intérieur de l’appartement et de pousser la porte d’entrée aussi sec. Cette dernière claqua derrière elle en même temps que les clés qui tintaient dans un bruit métallique, mais Cassidy avait déjà pivoter sur elle-même. Elle resta sur place et finit par croiser les bras en-dessous de sa poitrine, le nez retroussé et les yeux révolvers. « Et tu comptais me l’dire quand, exactement ? »
« Dans la soirée. », répondit Jessie en croisant défensivement les bras.
« Tu t’fous de ma gueule ? Il est 23 h ! », répliqua la blonde en faisant un geste vers l’horloge murale accroché sur l’un des murs du couloir.
« Ouais bah désolé de pas avoir trouvé le bon moment pour te le dire ! », s’énerva Jessie en se retournant pour aller se réfugier dans le salon, poings fermés.
« Le bon moment ? », répéta Cassidy en la suivant, ne se souciant même pas de savoir si Ariane lui emboîtait le pas. « T’es sérieuse ? Ça fait une heure qu’on se fait chier devant la télé ! T’avais amplement le temps d’me le dire ! »
« Peut-être que toi tu te faisais chier d’vant la télé, mais moi j’faisais tourner mon cerveau pour essayer de trouver une solution ! »
« Deux cerveaux valent mieux qu’un ! Surtout pour un truc aussi important qu’une putain de menace de mort ! », insista la blonde en appuyant sur ses dernières paroles, comme pour faire prendre conscience à Jessie la gravité de la situation.
« J’aurais bien voulu t’y voir, moi ! », répliqua Jessie en s’arrêtant au milieu du salon et en se tournant de moitié vers elle. « Ce n’est pas toi qui était en face d’Amos lorsqu’il a menacé d’me coller une balle dans la tête et qu’il était en train de sortir son flingue ! Tu te serais chié dessus ! »
« Absolument pas ! », nia Cassidy avant de l’accuser en la pointant du doigt. « Et puis d’abord, s’il en est arrivé là, j’suis sûre que tu l’as encore provoqué ! T’as aucun respect pour tes supérieurs ! »
« Bien sûr que j’ai aucun respect pour eux : c’est des connards ! », fit valoir Jessie en levant les bras au ciel. « Respect ou pas, il aurait quand même décidé de me menacer ! Et puis merde, on s’en fout ! On doit trouver une solution pour pas s’faire descendre ! »
Cassidy s’arrêta net, leva ses mains tremblantes pour enterrer son visage dans ses paumes et soupirer longuement, le cerveau en ébullition. Quand la situation s’insinua vraiment dans son esprit et qu’elle frissonna au danger omniprésent, elle explosa un peu plus tout en lui tournant le dos pour faire les cents pas dans le salon et près du comptoir de la cuisine, non sans gesticuler des bras.
« Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée de voler le chef de la mafia ! Mais est-ce que tu m'as écouté ? Nooon, évidemment ! Résultat, on va se faire buter toutes les deux ! T'as voulu faire ta fière à défier Giovanni et voilà où on en est ! », accusa-t-elle sur un ton de reproche en se tournant à nouveau vers elle.
« Si t'avais si peu confiance en moi, t'avais qu'à te barrer et retourner au lycée, et à ta future vie d'aubergiste minable à Johto ! », répliqua aussitôt Jessie sur un ton acerbe et une mimique grimaçante.
À ce moment-là, un deuxième souvenir de leur adolescence flasha dans l’esprit des deux jeunes femmes.
« Barrons-nous d'ici. », déclara Jessie, seize ans, d'une voix sérieuse, dans le silence de la chambre de Cassidy.
La blonde, allongée sur son lit, se redressa presque immédiatement, utilisant ses paumes pour retenir son poids derrière elle, puis tourna la tête vers elle.
« Quoi ? », lâcha-t-elle en fronçant les sourcils, pas sûre de ce qu'elle venait d'entendre.
« Barrons-nous d'ici. », répéta Jessie en croisant son regard, l'air déterminé et les poings serrés. « Loin de cette ville. Loin de cette région, même. Pour que personne ne puisse nous retrouver. Tant pis pour les responsabilités que nous avons ici. Qu'ils aillent tous se faire foutre. »
Cassidy souffla un rire incrédule, secouant la tête devant les arguments de sa partenaire.
« Et avec quel fric, Jess ? T'es fauchée et je dois avoir 500 Pokédollars gros max. On ne pourra jamais se payer un ferry pour une autre région et s'y installer. », rationalisa la blonde. « Impossible de récolter plus d'argent en si peu de temps. »
Jessie resta silencieuse, le regard dans le vague, et fit travailler sa mâchoire le temps de sa réflexion.
« C'est possible. », murmura finalement la jeune femme aux cheveux rouges. Elle reporta ensuite son attention sur Cassidy et parla légèrement plus fort, d'une voix rauque. « J'ai un moyen d'avoir de la thune. »
Cassidy arqua aussitôt les sourcils.
« Comment ? », voulu-t-elle savoir, intriguée.
« Giovanni a un coffre-fort dans ses locaux. Y a forcément un max de blé à l'intérieur. Et j’suis presque sûre de connaître son code secret. Donc je prendrais quelques liasses de billets ; pas tout évidemment, pour qu'il ne soupçonne rien, et le tour sera joué. »
« Attends... c'est pas un peu dangereux de voler le Boss de la mafia ? », demanda Cassidy, septique quant à la solution de sa partenaire et aux failles qu'il pourrait y avoir.
Elle observa les lèvres maquillées de Jessie s'étirer dans un sourire narquois et vit une lueur espiègle dans son regard tandis que cette dernière penchait la tête sur le côté.
« Y a qu'un moyen de le savoir. »
« T'es vraiment folle... », souffla la blonde en secouant la tête, incapable de croire son plan insensé.
Jessie cogna doucement son épaule contre celle de Cassidy et lui sourit d'un air confiant.
« Ouais, mais tu seras avec moi sur ce coup-là. »
« Pourquoi je prendrais le risque de me faire choper ? », répondit la blonde en plissant les yeux et en croisant les bras. « J'veux pas m'faire buter. »
Jessie roula des yeux dans un soupire à la limite de l'exaspération.
« Tu t’fera pas buter. », assura-t-elle. « Et si je veux que tu viennes, c'est parce que j'ai besoin de toi pour assurer mes arrières. »
Elle disait ça comme si c'était la réponse la plus naturelle du monde, et Cassidy serra aussitôt les dents en sentant son estomac faire un looping et son cœur se réchauffer à ses paroles.
« Alors ? Qu'est-ce que t'en dis ? », questionna Jessie en tendant une main entre elles. « T'es partante ? »
Cassidy se frotta les tempes, paupières fermées. L'idée de s'enfuir loin des attentes de sa famille, loin de la pression subit à l'école, l'attirance d'une liberté folle, le frisson de foncer droit vers l'inconnu, d'une aventure dans une autre région où personne ne la connaissait, avec Jessie à ses côtés à chaque étape du chemin pour, enfin, vivre et respirer...
Elle prit une profonde inspiration par le nez. Puis ouvrit les yeux pour croiser le regard déterminé et plein d'espoir de Jessie. De ses yeux bleus qui disaient on en a assez baver, qui disaient on mérite mieux, qui disaient j'ai confiance en toi, qui disaient c'est toi et moi contre le monde, et qui disaient je t'aime sans qu'elle n'ait besoin de vocaliser ses paroles.
Cassidy claqua sa langue au palais, capitulant, et pris la main tendue de Jessie dans une poigne ferme.
« Ne me fais pas regretter ma décision. », menaça-t-elle en levant un index autoritaire vers Jessie, qui lui adressa un large sourire en retour, une lueur machiavélique dans ses yeux bleus.
« À nous la liberté. », déclara-t-elle.
« Eh, n'insulte pas ma région natale, Jessie. », réprimanda Ariane, vexée, coupant Cassidy alors que cette dernière ouvrait la bouche pour répliquer quelque chose qui allait certainement envenimer les choses.
Jessie tourna la tête vers la commandante – qui avait discrètement migrée vers la cuisine, l’épaule contre l’un des murs et les bras croisés –, et leva les bras en signe d'exaspération.
« Mais qu'est-ce tu fous encore là, toi ? Si c'était pour assister à une scène de ménage, c'est bon t'as tout vu, tu peux partir maintenant ! »
Ariane resta silencieuse pendant quelques secondes, espérant que les esprits échauffés des deux jeunes femmes se calment, puis prit la parole d’une voix posé alors qu’elle se détachait du mur pour se tenir droite.
« En fait… si je suis là, c’est pour t’aider. »
« Ah oui et comment ? », voulu savoir la jeune femme aux cheveux rouges, septique.
« Avant de vous expliquer, j’ai besoin d’un verre. », exigea la commandante en tournant la tête vers Cassidy. « N’importe quoi fera l’affaire, mais si vous avez un alcool fort, je vous en serais reconnaissante. »
La blonde se frotta le front et passa une main sur son visage fatigué avant de faire un geste résigné de la main.
« Je crois que j’ai aussi besoin d’un verre. », soupira-t-elle en jetant une œillade à Jessie. « Et toi ? »
Jessie lâcha un « euh », réfléchit tout en se grattant la nuque, et finit par hausser une épaule.
« Nan. T’auras qu’à boire pour moi. », répondit-elle sur un ton léger alors qu’elle lui souriait doucement, espérant détendre l’atmosphère entre elles.
Et à en juger par la lueur taquine qui brillait dans les yeux améthyste de la blonde, parce qu’elle était toujours prête à lui lancer un pique, elle avait fait le bon choix.
« C’est vrai qu’tu tiens pas l’alcool. », répliqua Cassidy dans une sourire fugace, avant de lui tourner le dos et de se diriger vers la cuisine.
Pendant qu’elle passait derrière l’îlot et s’affairait à préparer deux verres à pied remplis de vin blanc, Ariane regarda Jessie et arqua un sourcil interrogateur tout en penchant la tête sur le côté, la main sur la hanche, l’air de dire « alors, tu ne me racontes pas l’histoire ? », mais Jessie refusa net en la fusillant simplement du regard et en allant s’asseoir sur une des chaises hautes du comptoir.
Ariane suivit le mouvement ; elle s’attabla à un mètre de Jessie, assise sur la deuxième chaise haute, croisa les jambes l’une sur l’autre et posa sa joue contre son poing.
« Tiens. »
Après avoir pris un verre d’alcool et savourer le liquide dans un fredonnement, Ariane soupira d’aise, reposa le verre à moitié vide sur le comptoir dans un petit tact et se redressa sur son siège.
« Bien. Revenons à nos affaires. Tout d’abord, j’aimerais te donner ça. », dit-elle à l’intention de Jessie.
Elle joignit ses paroles à ses gestes et fouilla l’arrière de sa ceinture pour en sortir une Pokéball qu’elle déposa sur le comptoir entre elle et Jessie. La concernée se pencha sur l’objet sans le toucher, comme si cela allait lui jouer un mauvais tour, avant de relever la tête vers la commandante.
« Quoi, tu veux que je défie Giovanni avec un Pokémon ? », demanda bêtement Jessie.
« Non. », lâcha Ariane alors qu’un sourire se contractait au coin de ses lèvres, comme si elle était amusée par l’image d’une Jessie défiant son mari dans un match perdu d’avance. « C'est ton cadeau d'anniversaire. C'était ton anniversaire il y a quelques jours, non ? », demanda-t-elle en levant les yeux vers Jessie pour avoir une confirmation.
« Euh, oui, ouais. », bredouilla simplement Jessie, hébété de recevoir un cadeau et surtout de la part d’Ariane.
« C’est un petit Abo. », fourni utilement la rousse. « J’espère que vous vous entendrez bien. »
La jeune femme à la longue chevelure de Roucarnage prit la Pokéball dans ses mains, mais n’osa pas l’ouvrir. Son instinct lui criait que cela pouvait être une blague et que la Pokéball pouvait être vide.
« Tu ne l’ouvres pas ? », s’enquit Cassidy à son encontre, ce à quoi Jessie secoua la tête.
« Plus tard. », répondit la concernée en reposant la balle sur le comptoir dans un petit bruit sourd. Elle releva ensuite la tête et croisa le regard améthyste de la blonde. « Tu avais raison tout à l’heure : le plus important, c’est de trouver une solution pour réunir l’argent. »
Cassidy se frotta le côté du cou, mal-à-l’aise, tout en baissant brièvement les yeux.
« Écoute, Jess… », commença-t-elle, et Jessie fut toute ouïe. « J’ai bien réfléchie, et je pense que la meilleure solution, c’est d’utiliser les économies qu’on gardait pour notre voyage à Unys. »
Le cerveau de Jessie gela. Leurs économies ? Tout l’argent qu’elles accumulaient depuis trois ans ? Cet argent-même pour lequel elles avaient sué sang et eau ? Et dont la jarre était pleine à craquer de billets et de fierté ?
« Non, c’est mort. J’veux pas. », refusa-t-elle immédiatement alors que son sang n’avait pas fait qu’un tour. « Hors de question de prendre les sous qu’on a d’avance. »
« Parce que tu crois avoir le luxe de refuser ? Mais tu rêves, ma pauvre. », lui lança-t-elle en croisant les bras pendant que Jessie se renfrognait. Cassidy prit une expression sérieux et planta regard améthyste dans celui bleu de Jessie. « Écoute-moi bien, Jess, parce que je ne le répéterai pas deux fois : je préfères sacrifier nos 20 000 Pokédollars plutôt que ta vie. », déclara-t-elle farouchement.
Jessie la regardait sans un mot. Puis le visage de Cassidy s’adoucit tandis que ses lèvres s’étirèrent dans un sourire triste.
« On pourra toujours économiser à nouveau… », souffla-t-elle dans un haussement d’épaule résigné.
En voyant l’expression de la blonde, Jessie failli pleurer. Heureusement pour elle, la voix calme d’Ariane lui donna le répit dont elle avait besoin ; elle put papillonner des yeux pour ravaler ses larmes et boire son jus de fruits pour cacher ses lèvres tremblantes.
« Je comptais mettre au bout pour compléter. », annonça Ariane. « Donc 30 000 Pokédollars. C’est ce qu’il vous manque pour réunir les 50 000, n’est-ce pas ? »
« Et avec quel argent ? », demanda Jessie avec un culot monstre, avant de s’expliquer lorsqu’Ariane arqua un sourcil peu impressionné. « Si tu prends du fric sur ton compte, Giovanni sera direct au courant. »
« Elle n’a pas tort. », marmonna Cassidy derrière son verre avant d’en boire une gorgée.
« Rassurez-vous, j’ai de l’argent sur un compte que j’alimente en secret depuis que je suis mariée, à l’abri des yeux de Giovanni. », informa-t-elle, avant de poursuivre sur un ton légèrement amusé lorsqu’elle vit les deux visages surpris de ses interlocutrices. « Je suis peut-être la femme du Boss, mais je suis avant tout une femme prévoyante ; je sais qu’il ne faut pas mettre tous ses Noeunoeuf dans le même panier. »
« Que tu places de l’argent de côté, d’accord, mais autant de fric d’un coup ? Tu l’as volé à qui ? », voulut savoir Jessie, ce à quoi la rousse parut amusée à l’entendre de cette question avant qu’elle ne roule des yeux.
« Nous sommes la mafia, Jessica ; un peu d’extorsion d’argent n’est rien pour la Team Rocket. »
« Bien évidemment… », marmonna la concernée, tandis que Cassidy chuchota un « J’aurais dû m’en douter… »
« Bien. Alors si vous êtes d’accord avec cet arrangement, voici comment nous allons procéder : c’est moi qui ferais l’échange avec Amos. Je vais prendre vos 20 000 Pokédollars et les ajouter à ma mallette. Néanmoins, je doute que Giovanni vous laisse partir avec tout ce que vous savez. »
« Et on fait quoi alors ? Il ne va pas nous croire sur parole, j’imagine. », lança la blonde pendant qu’elle faisait danser son poids d’une jambe à l’autre.
« En effet. Mais si vous signez toutes les deux un document rédigé par mes soins qui atteste que vous garderez secret les informations de la Team Rocket et que vous ne direz rien à personne, cela devrait le faire. »
« Donc on a juste à signer un document ? », s’assura Cassidy, suspicieuse.
« Avec votre nom, votre signature, et souligné de votre sang. », clarifia Ariane.
À ces mots, la blonde blêmit légèrement. Elle se sentit défaillir. Elle avait l’air d’avoir mal entendu.
« Je ne vous demande pas de faire une saignée. Juste de vous piquer le pouce et de souligner votre nom d’un trait avec quelques gouttes de sang. », expliqua la rousse, ce qui était censé les rassurer.
« Vous avez vraiment des méthodes de barbares… », lâcha la blonde, encore abasourdie.
« Au risque de me répéter, ma chère : nous sommes la mafia. À quoi tu t’attends ? Sois contente que je sois la femme du Boss et que j’ai un certain pouvoir. Si cela ne tenait qu’à Giovanni, ce serait toute votre main qu’il exigerait comme assurance. »
Alors que Cassidy déglutissait à l’image mentale, Jessie – presque avachie de fatigue sur le comptoir, le dos courbée vers l’intérieur, accoudée sur le bord et la joue posée dans la main – prit enfin la parole sur un ton paresseux.
« Allez, un p’tit peu de sang, c’est rien du tout, tu te fais bien mordre par ton Rattatac et tu finis toujours avec des morsures et du sang plein les mains. », fit-elle valoir dans un semblant de sourire.
« Comment tu peux être aussi nonchalante ?! », l’accusa Cassidy en se tournant vers sa partenaire.
Jessie haussa les épaules du mieux qu’elle pouvait.
« J’ai vu assez d’horreur quand je trainais à l’infirmerie du QG étant gamine. »
Cassidy grimaça et se retint de lui dire qu’elle avait eu une enfance bizarre. À 5 ans, ce sont des dessins animés qu’on regardait avec fascination, pas des soldats en sang sur des brancards.
Ariane s’éclaircit la gorge pour reprendre le fil de son plan.
« Donc, pour les documents à signer, un agent déguisé en civil viendra vous les remettre dans la nuit. Il toquera à la porte de votre appartement avec un code : deux coups longs et trois coups secs. Une fois les documents récupérés par mon agent, comme je vous le disais plus tôt, c’est moi qui contacterait Amos et qui réglerait l’affaire. Je vous ferais parvenir une lettre par Goélise pour vous faire savoir que tout est rentré dans l’ordre. », finit-elle en se levant de sa chaise.
« Attends. Je veux juste savoir une chose. », exigea Jessie, ce qui lui valut un sourcil arqué de la commandante.
« Laquelle ? »
« Pourquoi tu fais ça pour moi et pourquoi maintenant ? Quand je suis à deux doigts de crever ? Alors que tu aurais pu m’aider quand j’étais petite. », reprocha-t-elle.
« Ça fait 3 choses. », fit remarquer Ariane, toujours debout à côté de sa chaise, une main sur le dossier en plastique blanc.
Jessie claquer sa langue au palais, irritée.
« Arrête de te croire drôle et réponds-moi ! »
La commandante baissa les yeux sur le parquet, contemplant les reflets brillants de la lampe de la cuisine.
« Je m’excuse de ne pas avoir agi après toutes ses années, mais j’en suis venue à penser qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire les choses. Tu ne crois pas ? », lança-t-elle d’une voix pleine d’espoir tout en levant un regard vers elle.
« Pfff. Même si tu m’aides, ça ne change rien ; je ne te pardonne toujours pas de m’avoir laissé comme une merde dans le système. », répondit Jessie en croisant les bras. « T’aurais dû tenir ton mari en laisse. »
À ces derniers mots, Ariane fronça les sourcils et braqua un regard incisif sur Jessie qui frissonna de tout son corps. Si un regard pouvait tuer, elle serait morte sur-le-champ.
« Surveille tes paroles. Ce n’est pas parce que je te viens en aide que tu peux te permettre d’insulter mon mari de cette façon. »
Jessie déglutit alors qu’elle observait les yeux rouges et froids de la femme à côté d’elle qui lui rappelait la sévérité de Madame Boss.
« Oui, m’dame. », laissa-t-elle échapper, comme si elle était de nouveau une petite fille impressionnée par la prestance d’une femme de pouvoir.
« Parfait. Je dois y aller. », déclara-t-elle en consultant la fine montre à son poignet, avant de tourner la tête vers Cassidy qui se trouvait toujours derrière le comptoir. « Ça m’a fait plaisir de te revoir, Cassidy. Pour ce que ça vaut, je suis contente de voir que vous avez une vie paisible ici. »
La blonde acquiesça respectueusement.
« Merci. Ça n’a pas été facile, mais nous nous en sommes sorties. », répondit calmement Cassidy, ce qui arracha un petit sourire à la commandante.
« Je m’en doute. Je te confie Jessica. »
« Euh, excuse-moi ? », coupa la concernée, pas du tout désolée, avant de lui adresser un regard irrité. « Lui dit pas ça, t’es pas ma mère. »
« Non, mais je suis sûre que Jane l’aurait approuvé. », répondit Ariane avec assurance dans une expression presque maternelle, un sourire aux lèvres.
Jessie sentit ses joues chauffer de gêne et regarda ailleurs, un pli entre les sourcils.
« Soyons réaliste ; elle aurait approuvé n’importe qui… », marmonna Jessie.
« C’est vrai. », acquiesça Ariane d’un air mélancolique.
La commandante en chef perdit son expression vulnérable et se redressa bien droitement, anticipant son départ avec grâce.
« Au revoir, Jessie. Cassidy. »
« C’est ça, au revoir… », bougonna Jessie.
« Vous trouverez l’argent dans le placard juste avant de sortir du salon. La clé pour l’ouvrir est déjà dessus. » indiqua la blonde, ce à quoi Ariane acquiesça et partit.
Il y eut un grincement de porte, un tintement de verre et un coup de clé pour verrouiller à nouveau le placard. Le tac tac tac des talons d’Ariane résonna et la porte de leur appartement claqua, signe qu’elles étaient à nouveau seules. Un petit silence plana et, alors que Jessie ouvrait la bouche pour sortir quelque chose de léger, peut-être pour plaisanter ou détendre l’atmosphère, Cassidy souffla tout en s’effondrant derrière le comptoir.
« Cassidy ?! », paniqua Jessie alors qu’elle avait la sensation d’avoir un seau d’eau glacé jeté sur elle.
Jessie se précipita de l’autre côté du comptoir et vit que la blonde était à accroupi. Elle l’imita, passant un bras autour de ses épaules.
« Est-ce que ça v– »
Mais Cassidy lui asséna un coup à l’estomac qui lui coupa la parole.
« Refais plus jamais ça, bordel ! », la sermonna-t-elle dès que Jessie l’eut lâché pour se tenir le ventre dans un gémissement étouffé. « J’ai vraiment eu la trouille de ma vie ! »
Oh. Elle avait simplement la pression qui retombait, comprit Jessie. Elle eut le culot de sourire d’un air amusé – quoique légèrement bancale à cause de sa grimace – en levant les paumes comme si Cassidy avait braqué un pistolet sur elle.
« J’ai plus d’autres casseroles aux fesses, t’inquiète. », assura-elle.
« J’espère bien ! À partir de maintenant, plus de mauvais tours, compris ? », exigea-t-elle en levant un doigt autoritaire vers la concernée.
« Promis. », jura-t-elle solennellement en levant une main en l’air et en posant l’autre sur son cœur.
Cassidy opina du chef, l’air de dire « Bien », puis elle soupira et passa une main dans ses cheveux.
« J’te jure que tu vas me faire avoir des cheveux gris plus tôt que prévu, Jess. », se plaignit-elle en secouant la tête.
Soudainement, la blonde fut engloutie dans un gros câlin, clignant des yeux alors qu’elle réalisa que Jessie avait entouré ses bras autour de son cou pour se blottir contre elle. Instinctivement, elle avait levé pour bras pour s’accrocher à Jessie. La position était un peu inconfortable, Jessie avait un genou à terre et s’était tourné de moitié, tandis que Cassidy était toujours en équilibre sur la plante de ses pieds, retenue uniquement par sa propre poigne dans le dos de sa partenaire.
« Pardonne-moi de t’avoir effrayé. », s’excusa sincèrement Jessie. « Je pensais vraiment que toute cette histoire avec la Team Rocket était derrière moi… »
« C’est bon. J’aurais pas dû te crier dessus non plus tout à l’heure. », répondit la blonde en posant doucement sa tête contre elle de Jessie.
« J’le méritais. », reconnut Jessie dans un moment de sagesse. « À vrai dire, j’aurais voulu t’en parler, mais l’une des seules solutions que j’entrevoyais, c’était de partir avec des valises d’urgences… mais je ne voulais absolument pas abandonner cette vie que nous avions bâti toutes les deux. Et surtout pas te laisser là, parce qu’avec ou sans toi, ils allaient tout de même te viser. Je te promets que tout va rentrer dans l’ordre dès qu’Ariane aura réglé les choses avec Giovanni et qu’on aura la paix. »
« Oui, bon, ça nous coûte toutes nos économies et notre sang, quand même. », rappela Cassidy.
Le rire de Jessie résonna à travers la blonde.
« Pour les économies, je te promets que je remplirai la prochaine jarre à moi toute seule, mais pour le sang, en toute honnêteté, ce n’est pas cher payé. Comme l’a dit Ariane, ça aurait pu être pire. »
À ce moment-là, Cassidy se distança légèrement pour croiser le regard de sa petite-amie.
« Bordel mais qu’est-ce que tu as vu quand t’étais gamine ?? », s’interrogea-t-elle en s’outrant légèrement.
Jessie haussa les épaules alors qu’un sourire nostalgique, presque penaud, jouait sur ses lèvres.
« Des tas de choses. Tu t’évanouirais certainement si je te le disais. »
« Vas-y, dis. », défia la blonde en levant un sourcil.
Pour toute réponse, Jessie se pencha pour picorer les lèvres de Cassidy avec les siennes.
« Ce sera une histoire pour une autre fois. », dit-elle avant de la lâcher et de se redresser dans un craquement de dos. « Je vais faire du café. Il faut qu’on tienne une partie de la nuit le temps que l’autre gugus vienne avec les documents, non ? »
« C’est vrai. Je ne serais pas contre un peu de café. », répondit la blonde en se levant à son tour pour sortir deux tasses pendant que Jessie faisait vrombir la machine.
Alors que Cassidy déposait les deux tasses – dans lesquelles elle avait lâché deux morceaux de sucre chacun et une petite cuillère – sur l’îlot de la cuisine, elle remarqua la Pokéball encore intacte et verrouillée sur le comptoir.
« Hé, Jess, tu devrais laisser sortir ton nouveau Pokémon, non ? Tu n’as pas encore fait sa connaissance depuis qu’Ariane te l’a offert. »
« Je sais pas. », soupira la jeune femme aux cheveux rouges de façon contrariée à côté d’elle. Elle versa du café dans les deux tasses et posa la cafetière sur le comptoir, avant de s’appuyer sur le bois. Elle se mordilla la lèvre, regarda ailleurs, puis elle se redressa, prenant son bras avec son autre main dans une position vulnérable, avant de vocaliser ce qui la tracassait du bout des lèvres. « C’est mon premier Pokémon. Et s’il ne m’aime pas ? »
Un sourire étira les lèvres maquillées de Cassidy, qui la rassura aussitôt en tendant la main pour lui caresser le coude.
« Je suis sûre qu’il t’aimera. C’est probablement encore un petit, il est possible qu’il s’attache à toi comme un poussin envers sa mère. Et puis, qui sait ? Peut-être qu’on aura besoin de son venin si jamais Amos ou un autre sbire nous attaque. »
« Mh, pas faux oui. », réfléchit Jessie, le menton dans le poing, alors qu’elle sourit brièvement.
Prenant une gorgée de café en guise de courage, elle s’empara de sa Pokéball et fit le tour du comptoir pour s’arrêter à côté, tournée vers le salon.
« Attends ! », lâcha la blonde pour arrêter Jessie. « Assieds-toi par terre. Si tu es à son niveau, il aura moins peur. »
Suivant ses conseils, Jessie s’assied en tailleur, s’éclaircit la voix, et tendit son bras devant elle avant de s’exprimer.
« Abo, viens. »
Comme un automatisme, la Pokéball s’ouvrit mécaniquement et une forme blanche en sortit pour tomber devant elle. La lumière s’atténua et une forme circulaire se forma.
Enroulé sur lui-même, le serpent à l’air inoffensif leva le cou et Jessie respira doucement en détaillant son premier Pokémon. Il avait une peau écaillée violette, des yeux jaunes et une pupille verticale noire qui l’observait. Un anneau jaune se trouvait autour du cou, et d’après ce qu’elle apercevait, il avait un ventre jaune. Une sonnette de même couleur se trouvait au bout de la queue. Une petite langue sortait pour goûter l’air alors qu’il semblait renifler dans sa direction. Jessie lécha ses lèvres et parla enfin.
« Bonsoir, Abo. »
Elle crut voir la membrane de ses yeux bouger tandis qu’il dérouler légèrement son corps.
« Je m’appelle Jessie. », se présenta-t-elle. « Je suis… heureuse de faire ta connaissance. J’espère que tu voudras bien de moi en tant que dresseuse. »
Et elle ponctua ses mots en tendant doucement sa main vers le serpent pour qu’il puisse la sentir avec ses narines et sa langue. Au bout d’un inspection minutieuse où Jessie commençait à transpirer d’anxiété, à sa grande surprise, Abo étendit encore plus son corps et il se blottit contre sa paume. À ce moment-là, la nouvelle dresseuse ressentit un élan d’amour et de tendresse inconditionnelle envers ce serpent qu’elle venait à peine de rencontrer. Elle prit une inspiration pour éviter d’éclater en sanglot, et sourit doucement à son premier compagnon.
« Bienvenue dans la famille, Abo. », déclara-t-elle alors qu’elle sentait la Cassidy effleurer son dos et s’asseoir à ses côtés. « Je vais te présenter quelqu’un de très important pour moi. »
Date de dernière mise à jour : 05/01/2026