Des fourmis dans les jambes

James habitait un grand et beau manoir isolé de la ville. Il le partageait avec ses parents, sa gouvernante, le majordome et la "merveilleuse" petite Jezabelle. Ce n’était pas vraiment une merveilleuse petite fille, je dirais même qu’il la considérait comme un monstre, à qui on doit se méfier à n’importe quel moment. Cela le rendait heureux de rester seul dans le manoir pendant le départ de ses parents et des autres aux Etats-Unis, c’était une façon pour lui de revivre sa vie. Il admirait tous ces étranges objets que sa mère avait ramenés des plusieurs pays comme l’Afrique.

Parfois il se sentait seul dans cette demeure, dans ses moments d’effroi, il voyait les objets africains d’une autre façon, car on aurait juré qu’ils l’observaient, les craquements provenant des planchers étaient amplifiés et le sifflement du vent passait à travers les châssis. Pour se distraire, il s’installait confortablement dans le grand fauteuil en cuir vert et bouquinait quelques livres. 

L’air était tiède, le printemps tirait à sa fin et un été chaud et humide s’annonçait pour bientôt. Concentré dans le dernier chapitre du livre « Carrie » de Stephen King, il sentit soudain un chatouillement sur sa nuque, la sensation était semblable à ce qu’il ressent quand ses cheveux glissent dans son cou. Il passa rapidement sa main sur sa nuque, ne sentit rien de particulier et continua sa lecture. Soudain du coin de l’œil, à la même hauteur de son visage, il aperçu un reflet noir qui se déplaçait rapidement, cela fit attirer son attention. C’est à ce moment qu’il se rendit compte de quoi provenait le chatouillement de tantôt. Une grosse et horrible fourmi noire, crapuleuse et tellement énorme qu’on pouvait y voir ses yeux et ses antennes. Sur l’instant de panique et surpassé par la frustration d’avoir eu cette horrible créature sur la peau, il empoigna son livre à deux mains et frappa la bête à plusieurs reprises. Le petit amas de pattes sursautait de douleur et dans un dernier souffle s’immobilisait à jamais.

James restait seul dans le manoir depuis le début de l’hiver, les petits moments d’angoisse étaient coutumiers et il réussissait à les contrôler assez facilement. Un peu Tom Boy, rien ne lui faisait vraiment peur, à part Jezabelle, les émotions et les FOURMIS. Il les avait en horreur, plus jeune il se rappelait avoir vu un film au sujet de fourmis envahissant le monde et il y croyait encore. Il ne supportait pas de voir des fourmis, encore moins de les avoir sur lui, juste d’y penser, il avait un sentiment de dégoût. 

Les belles journées chaudes de l’été sont finalement arrivées et James devenait de plus en plus inquiet, à chaque jour qui avançait, il tuait avec un vieux running de plus en plus de fourmis qui s’étaient infiltrées dans le manoir de ses parents. Le vieux running ne fournissait plus. James n’osait plus s’asseoir dans le grand fauteuil pour se relaxer, de peur qu’il y en ait une qui réussisse à grimper sur lui, de plus quand elles ne venaient pas du sol, elles tombaient du plafond directement sur lui, juste pour faire exprès de le faire paniquer. C’était vraiment étrange, quand James entrait au manoir il n’y avait pas moindres traces de fourmis, on aurait dit qu’elles sentaient sa présence et commençaient à apparaître une par une, une fois que James était entré. Elles ne venaient jamais seules, lorsqu’on en voyait une on les voyait toutes. Les petits êtres noirs sortaient de partout et envahissaient le salon, la cuisine, la salle de bain et même la chambre à coucher. A chaque fois, James sentait monter en lui une rage de frissons et claquait son vieux running sur tout ce qui était noir et petit.

Pas moyen d’être tranquille, même quand James jouait sur l’ordinateur, il sentait des chatouillements sur ses jambes, la majorité du temps c’était simplement le stress d’en avoir une sur lui qui lui donnait cette sensation, mais au moment où il ne s’y attendait le moins…c’était vrai. Il se frottait les jambes et sentait bouger la bête entre ses doigts. On aurait dit que ces maudites fourmis étaient vraiment intelligentes, malgré le nombre de pièges à fourmis que son père avait installé à la grandeur du manoir, il n’y en avait pas une qui s’y était prise. De plus en plus, James essayait de mettre de l’insecticide autour et à l’intérieur du manoir, tellement que le poison ne fit pas effet sur les fourmis mais plutôt sur lui. La fièvre, les étourdissements et les vomissements s’emparèrent de James et il resta cloué au lit. La maladie l’affaiblit à un tel point qu’il avait parfois des hallucinations. Il remarqua que les masques africains le fixaient des yeux et commençaient à enchanter des paroles incompréhensibles.

James ne pouvait plus sortir de son lit, mais les fourmis avaient le chemin libre et surtout sans running pour les écraser. Elles entrèrent par centaines, il y en avait partout, James le savait, il ne les voyait pas encore mais les entendait, comme les danses tribales, il pouvait percevoir les piétinements provenant de milliers de pattes qui se rapprochait de plus en plus. James tremblait de peur à savoir que les bêtes pourraient grimper dans son lit. Il tenta de se lever pour quitter enfin ce manoir hanté de vieux bibelots et masques africains. Les murs se sont mis à tourner à toute vitesse, le plancher est devenu complètement noir et il crut qu’il tombait dans un énorme trou. Juste à temps, il empoigna un barreau du lit et pu échapper au grand gouffre. James se camoufla dans son lit et regardait effrayé autour de lui, il les observait marcher le long des fenêtres, les énormes bêtes longeaient les murs, se rendaient jusqu’au plafond et marchaient au dessus de sa tête. 

Une fourmi réussit à monter dans les couvertures en longeant le pied du lit et passa sur sa main. James prit de panique frappa à grandes claques sur le lit pour la faire fuir, mais s’est aperçut très vite que cela ne faisait que les attirer encore plus. James arrêta tout mouvement brusque et s’enroula délicatement dans la couverture et y laissa seulement sortir sa tête pour pouvoir respirer. Rien ne pouvait entrer en dessous des couvertures, même pas un courant d’air, il se sentit enfin soulagé.  
-De cette façon, elles ne pourront pas entrer. 
Tout à coup, il sentit sur ses jambes et ses pieds des picotements. 
-C’est sûrement parce que je ne bouge plus, que mes jambes sont engourdies, c’est pour ça que ça me pique… Se disait-il. 
Pris d’angoisse et de crainte que ça soient vraiment elles…ces horribles bêtes noires, il voulut retirer la couverte pour vérifier, mais au même moment il y en avait déjà deux ou trois autres qui s’étaient faufilées par-dessus la couverture et qui risqueraient d’entrer à l’intérieur si il l’a soulèverait. James préféra attendre qu’elles s’éloignent avant de vérifier. La sensation se faisait sentir de plus en plus intense et cela devenait insupportable, seulement il y en avait toujours de plus en plus qui s’accumulait sur le lit à chaque fois que James tentait de lever la couverture. La douleur des pieds et des jambes monta jusqu’aux cuisses et même à la haine, il commençait aussi à la sentir sur ses hanches et son ventre. Trouvant ce martyr insupportable, il essayait de se convaincre que ce n’était que la panique et qu’il devait s’endormir pour oublier tout ça, peu à peu James s’assoupit et la douleur s’apaisa doucement. 
-Demain, se disait-il, je serai capable de me lever et ça sera finit.

L’été s’est terminé, la neige a commencé à tomber et les fourmis ont disparues. Les parents de James et Jezabelle avaient très hâte de rentrer chez eux et de revoir James, ça faisait plusieurs mois qu’ils n’avaient pas eu de ses nouvelles. Quand ils sont revenus, le manoir était désert, il n’y avait que les bibelots et les masques qui semblaient avoir changé de place, mais aucune trace de James. Finalement ils ne l’avaient jamais revu, personne n’a su ce qui s’est passé.

Bien enfuient sous la terre, les fourmis qui ont leur réserves pour l’hiver le savent… Ces petites bêtes intelligentes qui se sont endormies, reviendront sûrement avec le printemps prochain…pour venir chercher d’autre réserves.

The end.

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