Liés par le destin - par Miss Evoli (2)

Après les cours, Jessie laissa échapper un grognement de mécontentement en quittant la classe, toujours accompagnée de Cassidy. Elle avait vraiment répondu n’importe quoi aux questions de sa professeur et avait eu le sentiment de paraître idiote. « Je crois que Madame Satoya m’a déjà dans le collimateur. Pourquoi m’a-t-elle demandé d’expliquer mes connaissances en reproduction de pokémon plantes alors que je n’y connaissais rien ? Elle m’a ridiculisée avec cette question. J’ai dû avoir l’air complètement stupide. »

« Ne t’inquiète pas. La plupart d’entre nous n’y connaissaient rien non plus quand a débuté ce sujet. Elle testait tes connaissances pour savoir où tu en étais, c’est tout. »

« Comme je n’ai aucune grande connaissance, je sens que je suis bien partie pour avoir des heures de cours supplémentaires en fin de journée pour me remettre à peu-près à niveau. »

« Ca ira tu verras. » 

Les deux jeunes filles se dirigèrent sous le préau, puis traversèrent la cour jusqu’à une parcelle d’herbes. Soudain, Cassidy s’arrêta et souleva sa main à ses lèvres pour étouffer un rire. 

Jessie la regarda curieusement « Qu’est-ce qu’on fait ici et qu’est-ce qui te fait rire ? »

« Regarde. » dit Cassidy en indiquant un jeune homme assit à l’ombre d’un arbre, occupé à feuilleter un gros bouquin.

« Quoi ? »

« Lui, c’est le bigleux dont je te parlais tout à l’heure. Le gars qui redouble chaque année et qui s’évertue quand même à étudier à longueur de journée. »

Jessie leva un sourcil en le regardant. « C’est sûr qu’il est bizarre. » Elle ne put retenir un petit rire en l’observant. Il parlait tout seul à voix haute, comme s’il était son propre professeur et qu’il essayait de se donner des leçons. « Ce qui est sûr, c’est qu’il est persévérant. Peut-être qu’un jour il aura enfin son diplôme. »

« La semaine des quatre jeudis si tu veux mon avis. » Dit Megan en s’approchant, se mêlant à la conversation. Elle secoua sa tête en l’observant et se remit à croiser ses bras, comme à son habitude tout en soupirant : « Aberrant. »

Jessie fut assez surprise que la jeune fille brune soit venue lui adresser la parole. Au premier abord, elle avait pensé qu’il régnait un froid entre elles mais maintenant, elle se disait qu’il devait sans doute uniquement  s’agir d’une impression.

« Et ce qui est encore plus aberrant, c’est l’attrait qu’ont certains élèves à en observer un autre se faire lyncher. Ils n’ont jamais rien vu. »

« Un lynchage ?! » Demanda Jessie d’un ton dégoûté. Elle méprisait le rejet, sous toutes ses formes car elle n’avait jamais accepté que son père ait agit de la sorte envers sa mère et elle. Elles en avaient beaucoup trop souffert.

« Giny et Lindsay sont allées voir aussi ? » Questionna Cassidy.

« Non. » Répondit Megan, « elles sont occupées à parler à Greg et son copain Ted, tu sais le grand brun »,  elle fit un clin d’œil  à Jessie « celui qui semblait te faire de l’effet. »

Cette remarque ne fit pas réagir Jessie, elle était préoccupée par l’histoire de lynchage. «Euhm…. Excusez-moi mais j’ai quelque chose d’important à faire. On discutera ensemble tout à l’heure. » Dit-elle d’un ton distrait. Elle s’éloigna pour se mettre à la recherche du rassemblement d’élèves.

Il ne lui prit pas longtemps pour trouver le petit groupe de curieux, occupés à regarder la scène. Elle se fraya un passage parmi eux facilement et fut horrifiée par ce qu’elle vit. Un jeune garçon aux cheveux de couleur bleue-lavande mi-longs dont une mèche tombait au milieu de son front et à l’air timide était recroquevillé dans un coin, contre le mur, entouré par trois autres garçons plus grands, apparemment occupés à lui proférer insultes et menaces.

« Alors Jimmy, tu as pensé à ma rédaction ? » Demandait l’un des garçons aux cheveux bruns courts et aux yeux marrons, de corpulence assez forte.

« Je… je m’excuse Kyle mais… mais je n’ai vraiment pas eu le temps… »

« T’as pas eu le temps ?! Tu as de l'argent pour te faire pardonner?!!!"

"N... Non. Mes grand-parents ne m'ont pas encore envoyé d'argent cette semaine..."

"Oh, le pauvre petit chou. Tant pis pour toi, si tu n'as rien pour payer ta dette alors on se fera une joie de montrer à tout le monde les jolis sous-vêtements en laine de watt-ouat que tu portes et même ce qui se cache en dessous ! »
 

« Oh non ! Pas ça ! » Gémit le garçon aux cheveux bleus en essayant de se reculer d’avantage mais le mur l’en empêchait. Se sentant prit au piège, il enveloppa ses bras autour de son visage dans une tentative de se protéger d’éventuels coups.

« Allez les gars ! Attrapez-le ! » Ordonna Kyle, se réjouissant déjà de la situation honteuse dans laquelle sa bande allait mettre sa victime. Dans un réflexe, le garçon aux cheveux bleus poussa ses agresseurs pour essayer de se frayer un chemin entre eux, lui permettant de fuir mais c’était peine perdue. Ils en profitèrent pour lui épingler les bras. Désemparé, il se mit à se débattre de toutes ses forces en pleurant hystériquement.

« Regardez ce bébé ! Il va pleurer après sa maman ! » Se moqua Jeffrey un autre de ses trois agresseurs. C’était un garçon grand mince, aux cheveux bleus marine coupés au bol et aux yeux noirs. « Je propose qu'on le foute complètement à poil! » Il arracha trois boutons du chemisier d’uniforme du garçon plus jeune tandis que son copain : John ; un garçon aux cheveux verts mi-longs et aux yeux bleus, assez baraqué lui retournait les bras dans le dos dans une pose digne d’une prise de catch pour lui rendre toute fuite ou défense impossible.

« Aaaaaw laissez-moi, s’il vous plaît, je promet de faire tout ce que vous voudrez !!! Je promets de vous donner tous mes bonbons ou l’argent que mes grands-parents m'enverront à la fin de la semaine si vous voulez !!! Pitié ! Je vous donnerais tout ce que vous voudrez ! »

« Ce sont des belles promesses que tu nous fait là, Jimmy, mais elles ne sont pas suffisantes. Tant pis pour toi, on a trop envie de s’amuser avec toi. » Dit Jeffrey en arrachant cette fois le bouton du pantalon de sa victime et en l'abaissant jusqu'à ses cuisses. Il devint rouge de honte. Jeffrey allait s’emparer du caleçon en laine de son souffre-douleur quand un puissant coup de poing dans son visage le projeta par terre. « Hé ! Mais qu’est-ce qui se passe ?!!! »  Il se redressa en saisissant sa joue douloureuse pour faire face à son adversaire et pâlit en voyant qu’il ne s’agissait que d’une jeune fille. Une vague de rires, de houements et de moqueries s’ensuivirent, le faisant sombrer dans la honte la plus profonde qu’il avait jamais ressentit de sa courte vie.
« Hé !!!! » Hurla-t-il offensé « Je ne permets à personne de lever sa main sur moi et encore moins à une fille !!! » Il était si énervé qu’il postillonna dans le visage de Jessie. Il leva son poing pour lui envoyer un bon crochet du gauche, qu’elle esquiva avec des réflexes impressionnants. 

« Méfie-toi mon grand, j’ai reçu un entraînement spécialisé par un Maître ninja. Je suis une experte en arts martiaux.»

« Vantarde et menteuse à la fois, tu vas le regretter idiote ! » Jeffrey accouru à nouveau vers Jessie, le bras levé mais jappa de douleur lorsque celle-ci lui coinça le bras derrière le dos et le projeta par terre dans une prise de karaté digne d’un pro. « Alors, qu’en dis tu ? Pas mal pour une fille hein ?» Demanda-t-elle en appuyant son pied contre le dos du garçon aux cheveux bleus tout en lui retournant le bras d’avantage, le faisant hurler de douleur. 

« Ca va, ça va. Lâche-moi. Pouce ! Pouce ! » Pleura Jeffrey dans la douleur évidente. Jessie le força à se relever puis le poussa à l’écart d’un geste habille. Les élèves témoins de la scène n’en revenaient pas.

« A qui le tour ? » Demanda-t-elle en s’adressant à Kyle et John. Ils ne lui répondirent pas. « On se casse ! » Ordonna Kyle en faisant signe à ses copains de le suivre. Un tonnerre de rires s’ensuivit, attisant la haine des garçons humiliés. « N’espère pas en rester là ! On se vengera, connasse et tu regretteras de t’en être prise à nous ! » Cria Jeffrey en faisant un bras d’honneur à Jessie, traçant son chemin. "Ouais!" Approuva John. C'est tout ce qu'il se contenta de dire avant de disparaître à son tour, suivant de près ses deux comparses.

« La bave des crapauds n’atteint pas la blanche colombe. » Déclara Jessie snobement, les poings sur les hanches. Elle s’avança fièrement auprès du jeune garçon maltraité qui s’était rhabillé maladroitement tout en la regardant, les yeux brillants d’admiration. Lorsqu’elle tendit sa main vers lui, il sursauta, pensant l'espace d'un instant qu’elle allait le frapper.

« Hé ! Ca va, je ne vais pas te faire de mal. » Il avala sa salive puis reprit son sang-froid et croisa ses bras devant lui, appuyant son pied contre le mur, bien décidé à se donner l'image d'un garçon qui avait de l'assurance.

« C’est ça. Arrête ton baratin, mytho. » Jessie était loin d'être dupe, elle fronça ses sourcils en le regardant. « Tu ne me dois pas quelque chose ? »

Le garçon frotta l’arrière de sa tête, embarrassé. « Heu… merci. »

«Y a pas de quoi. » Son devoir accomplit, Jessie commença à s’éloigner après un furtif signe de la main.

Les élèves qui s’étaient rassemblés pour voir le lynchage étaient retournés à leurs activités respectives. Le garçon s’assura que personne ne s’intéressait plus à lui, puis il se mit à courir derrière sa bienfaitrice.

« Hé ! Attend ! Tu n’as même pas dit pourquoi tu as fait ça ? »

Jessie s’arrêta sur ses pas puis le regarda. « Fait quoi ? »

« Ca ! Pourquoi tu m’as aidé ? Personne n’a jamais eu de considération pour moi ici. »

« Dis-toi… que c’est de la pitié. Maintenant, laisse-moi tranquille. »

« Oh… » Le garçon baissa sa tête d’un air déçu. (Dommage…) pensa-t-il (Je pensais que qu’elle allait devenir mon amie).

Suite à cela, la jeune fille se détourna et s'éloigna en courant.

De son côté, Cassidy commençait à se demander ce que Jessie pouvait faire. Elle fut ravie de la voir revenir auprès d'elle. « Ah ! Te voilà enfin Jessie. Où étais tu passée ? » Lui demanda-t-elle d'un ton curieux quand elle arriva à proximité.

« Je me suis souvenue que j’avais oublié quelque chose en classe. Rien d’important. »

« Ah ? Ok... Tu as manqué une info importante. Tu sais quoi ? Giny et Lindsay ont parlé de toi à Ted. »

« Ted ? »

« Mais oui, le grand brun… Ted… Tu ne vas tout de même pas me dire que tu l’as oublié après le regard que tu lui a donné tout à l’heure. »

« Oh ?! Euh…. ? Lui ?!!!! » Réalisa Jessie « Elles lui ont vraiment parlé de moi ?... » Elle commença à rougir « Eurm… Qu’est-ce qu’il a dit ? »

« Et bien… » Cassidy bâilla puis prit un ton languissant pour annoncer: « …Il aimerait te rencontrer à midi trente, sur le banc en face des toilettes. »

« Oooooooooh ?!!!! Vraiment ?!!! » Jessie ne pouvait pas croire un mot de ce qu’elle entendait, elle n'aurait pas pu espérer mieux. Elle sentit son cœur battre à toute allure dans sa poitrine, excitée comme jamais. « Mais… ! » S’écria-t-elle paniquée « Vous n'aviez pas dit que j'avais besoin d'un relooking ? »

« Ca va. Tu n’es pas si mal, t'auras qu'à y aller comme ça, les garçons détestent qu'on les attendent.  »

Jessie avait déjà les yeux en cœur. « Woooow !!! La dernière fois où j’ai été aussi stressée c’était… juste avant de rencontrer mon ancien petit copain. J’espère que ça va bien se passer. » 

Cassidy lui fit un clin d’œil faussement taquin puis se détourna pour que Jessie ne puisse pas voir l'expression de jalousie qui commençait à apparaître sur son visage.

~~~~~~~~~~


Pendant les heures qui suivirent, toutes les pensées de Jessie furent tournées vers Ted. Son manque d’intérêt pour les cours n’échappa pas à Madame Satoya ; qui la réprimanda plusieurs fois mais ce fut peine perdue, car elle ne parvint pas une seule fois à récupérer toute son attention. La peine de cœur que Jessie avait vécue deux ans auparavant et lui avait fait perdre sa chance de devenir célèbre l’avait pas mal affectée et elle s’était toujours persuadée qu’elle ne parviendrait jamais à oublier son premier amour mais depuis que ses yeux s’étaient posés sur Ted et que Cassidy lui avait apprit qu’il désirait la voir, elle pensait qu’elle ne pouvait en aucun cas ne pas saisir cette seconde chance que le destin lui offrait et que cette fois-ci, ça serait la bonne. Sa solitude était si grande depuis la mort de sa mère qu’elle était prête à s’offrir cœur et âme à la personne qui accepterait de lui offrir son amour et l’empêcherait de se sentir seule à nouveau. Cette recherche d’amour et de considération, était la seule chose au monde qui comptait vraiment pour elle. Les études n’étaient par conséquent, en aucun cas une priorité pour elle.

Le reste de la matinée paru donc interminable pour la jeune fille et quand la sonnerie annonçant le temps de midi retentit, elle sentit son cœur bondir hors de sa poitrine. Elle fut la première à se précipiter hors de la classe et ne prêta même pas attention à sa professeur qui l’appelait. Cette dernière soupira et croisa ses bras en la regardant partir, pensant à voix haute : « Cette jeune fille a un comportement des plus étranges. »

Dans la cafétéria, Jessie ne prêta même pas attention à la nourriture qui s’offrait à elle. Elle garnit son plateau repas sans grande considération d’une petite cuillérée de purée et d’une rasade de salade, oubliant totalement de se servir un morceau de viande. Elle eut néanmoins le réflexe de se servir un verre de limonade mais le renversa presque lorsqu’elle passa près de la table où l’élu de son cœur s’était assit avec des copains. Cassidy et ses copines lui avaient tenu une place à leur table où elle avait une pleine vue sur la table de Ted et elle fut si captivée par lui qu’elle ne toucha presque pas à son repas.

« Dis donc Jessie, il faudrait peut-être que tu penses à manger un morceau. Ca ne sera pas très romantique si ton estomac se met à gronder pendant ton rendez-vous. » Remarqua Lindsay. 

Elle ne prêta même pas attention à ce commentaire, trop perdue dans ses rêves romantiques. Ted était si mignon, occupé à rire d’un ton taquin avec ses copains en se glissant de temps à autre une main dans les cheveux d’une façon séduisante. Tout laissait paraître que ce garçon était assez prétentieux mais Jessie n’en avait que faire, elle était persuadée qu’il était tout à fait son genre et qu’il était également tout à fait parfait pour s’accorder avec elle. Avec un garçon aussi mignon à son bras, elle rendrait folles de jalousies les autres filles et deviendrait sans aucun doute la plus populaire de l’école, peut importe la médiocrité de ses résultats scolaires… Ses pensées romantiques furent tout à coup brisées par un détail perturbateur qui retint son attention l’espace d’un instant : le garçon aux cheveux bleus-lavande qu’elle avait sorti de l’impasse à la récréation se faisait à nouveau embêter par la même petite bande. L’un d’entre eux renversait le contenu de son verre de limonade sur sa tête tandis que les deux autres projetaient son plateau repas sur ses genoux, ne lui laissant aucune possibilité de s’échapper. Elle fronça ses sourcils et serra ses poings en les regardant et se prépara à se lever de table pour intervenir lorsque la voix de Megan lui fit reprendre ses esprits.

« Jessie… Ton prince charmant est parti depuis au moins cinq minutes. Dépêche toi de le rejoindre, il ne risque pas d’apprécier que tu lui pose un lapin. »

Jessie sursauta, regarda Megan l’air perdu, puis se tourna vers l’horloge posée sur le mur en face d’elle : 12h35 déjà ?!!! Et elle n’avait même pas pensé à aller faire un tour dans les toilettes pour se remaquiller.

« Arg !!! Je suis présentable ?!!! » Demanda-t-elle paniquée à ses copines en glissant ses mains sur ses nattes pour s’assurer qu’elle n’était pas décoiffée.

« Ca va ! » répondit Lindsay d’un ton agacé. « Dépêche-toi, il ne va pas attendre toute la journée ! »

Aussi vite que l’éclair, Jessie se précipita hors du réfectoire en direction des toilettes. La déception la gagna lorsqu’elle atteignit le banc pour voir que personne ne l’y attendait mais elle garda espoir que son bien aimé avait fait un détour et viendrait la rejoindre bientôt et donc, elle s’y assit pour l’attendre. Quinze bonnes minutes s’écoulèrent avant qu’elle ne réalise qu’il ne viendrait finalement pas et c’est le cœur plein de peine et les espoirs brisés qu’elle se releva, complètement déprimée. Alors qu’elle allait rejoindre ses amies dans la cour pour leur apprendre sa déception ; les yeux rivés sur le sol, elle se cogna dans un garçon. Elle leva son regard, animée par une brève lueur d’espoir à la pensée que Ted était enfin venu mais lorsqu’elle remarqua qu’il s’agissait uniquement du garçon aux cheveux bleus qu’elle avait aidé plus tôt, elle grogna et le repoussa avec rage, tout en tempêtant : « Grrrr !!!! Encore toi ?!!! Qu’est-ce que tu fiches ici ?!!! On dirait que tu me portes la poisse.»

Le garçon avait les yeux remplis de larmes. « Je… je m’excuse. Je suis venu pour essayer de me nettoyer un peu, c’est tout. » Jessie remarqua que son uniforme était sale et déchiré par endroits, que ses cheveux étaient en pagaille, qu'il avait un gros hématome sur la joue, du sang séché sous le nez, que son pantalon était troué au niveau des genoux et que ceux-ci étaient visiblement égratignés. On aurait dit qu'il s'était battu mais il était évident qu'il avait plutôt été roué de coup.
Son apparence misérable fit prendre pitié à Jessie. Mais pourquoi donc devait-elle toujours se laisser prendre par les sentiments ? C’était plus fort qu’elle, plutôt que de partir et laisser le garçon en plan, elle se ravisa :

« Qu’est-ce qui t’es arrivé ? » Lui demanda-t-elle d’un ton plus doux.

« Je suis tombé avec mon plateau repas au réfectoire. » Mentit le garçon.

« Ca va. Inutile de me raconter n’importe quoi, ne me prend pas pour une idiote, j’ai vu en partie ce qui s’est passé. » Admit Jessie « J’ai vu que ce sont les trois garçons qui t’ont embêté tout à l’heure qui t’ont fait ça. Apparemment, ils n’ont pas bien retenu mon avertissement. » 

Le garçon la regarda curieusement, il était évident qu’il se demandait pourquoi elle n’était pas intervenue. 

Jessie détourna son regard. « J’étais trop occupée pour venir t’aider. Désolée… » 

Il baissa ses yeux.

  « …mais si j’aurai pu, je serai venue. » Ajouta-t-elle, ennuyée. 

Le garçon resta inerte un moment, quand tout à coup de nouvelles larmes inondèrent ses yeux. C'est alors qu'à la grande surprise de Jessie, il jeta ses bras autour d’elle, la laissant baba. « Hé ! Qu’est-ce qui te prend ?! » Etrangla-t-elle, assez choquée.

 « Je….. je te remercie de penser un peu à moi. Tu es la première personne qui pense à m’aider ici. J’ai peur tu sais. Tout le monde se fiche de ce qui peut m’arriver ici mais si tu savais… »

La sonnerie annonçant que la récréation touchait à sa fin retentit et les élèves présents dans la cour commencèrent à se rassembler dans leurs rangs respectifs pour retourner en classe. Jessie prit cela comme une aubaine pour offrir son aide au garçon sans que ses amies ne soient témoin de son élan de générosité. Elle était décidemment trop bonne.

 « De quoi veux-tu parler ? »

Le garçon ne répondit pas immédiatement. 

« Ecoute. » Dit Jessie en posant sa main sur l’épaule du garçon attristé. « Tu peux tout me raconter. Si tu veux, je me ferais un plaisir de devenir ton amie et une amie c’est là pour écouter. Tu peux te confier à moi, ok ? Je promets d’essayer de t’aider un maximum. Tu peux me faire confiance. »

Le garçon ne savait pas quoi répondre. Il était complètement déboussolé. Jamais il n’aurait pensé qu’il se trouverait une amie au sein de cette école. La belle promesse de Jessie lui donna entière confiance. Il se recula, essuya ses larmes avec son avant-bras puis murmura d’une voix basse :

« Je me suis fait baptiser plusieurs fois ici et plus ça avance, plus c’est pire. Ceux qui m’embêtent sont prêt à me fait subir les pires humiliations. Ils ne pensent qu'à m'humilier, m'ordonner de faire des choses pour eux et me faire mal, on dirait que c'est devenu une habitude ou une obsession. Heureusement, j’arrive à m’en sortir la plupart du temps mais tout à l’heure j’ai vraiment risqué gros. Je crois que j’aurai eue la pire honte de ma vie si tu ne m’aurais pas aidé. Ils m’ont encore frappé maintenant mais je m’immunise contre ça. Des bobos, j’en ai tous les jours. »

« Ca n’empêche pas que tu ne dois pas rester comme ça. On va à l’infirmerie tous les deux. » Dit Jessie en prenant son protégé par la main. « Comment t'appelle tu et quel âge tu as? » Demanda-t-elle en chemin.

« Je m’appelle James. » Répondit le garçon d’une voix presque inaudible, apparemment intimidé par le fait qu’une fille lui tienne la main. «… Et j’ai treize ans. »Ajouta-t-il quelques secondes plus tard.

« Moi je m’appelle Jessie et j’ai quinze ans. » Elle décida d’en savoir davantage.
« Il y a longtemps que tu es ici ? »

« Non. Juste depuis cette rentrée scolaire. Avant j’avais des cours particuliers chez mes parents mais maintenant ce sont mes grands-parents qui s’occupent de moi, ils m’ont inscrit ici parce qu’ils ne pouvaient pas me garder chez eux en dehors des grandes vacances et il était hors de question que je retourne chez mes parents, alors, ils n’avaient pas trop le choix. »

« Pourquoi ne pouvais-tu pas retourner chez tes parents ? »

« Parce que… euh… je me suis... c’est une trop longue histoire. De toute façon, papa et maman sont toujours en voyage. »

Jessie souleva un sourcil, regardant James d’un air curieux. Elle n’avait pas vraiment compris ce qu’il lui avait raconté et ne savait même pas s’il lui disait la vérité mais comme elle sentait que parler de ses parents pouvait être un sujet délicat pour lui, elle décida de ne pas le questionner davantage sur ce sujet.

Comme elle ne connaissait pas trop l’école et qu’elle avait uniquement vu l’infirmerie lorsqu’elle avait dû faire le tour des lieux le jour où Madame Boss l’avait inscrite, Jessie ne remarqua pas qu’elle s’éloignait du petit bâtiment. C’est James qui lui en fit prendre conscience. « Euh… » Dit-il en s’arrêtant sur ses pas«Excuse-moi mais l’infirmerie… on vient de la passer. » 

Jessie s’arrêta puis se retourna et fit une drôle de moue en regardant le petit bâtiment de pierres rouges juste derrière elle. « Oups. Excuse, j’ai l’air stupide mais c’est mon premier jour ici. »

James lui sourit tandis qu’ils retournèrent sur leurs pas. Jessie frappa à la porte de l’infirmerie pour lui. L’infirmière, une dame portant une queue de cheval vert et le petit uniforme blanc typique à sa profession parue étonnée de voir le jeune garçon. « James ? Toi ? Ici ? Quelle surprise ! » 

L’infirmière s’adressa ensuite à Jessie « C’est bien de l’avoir conduit ici, jeune fille, il ne vient jamais par sa propre initiative, même lorsqu’il est tout contusionné. » Elle prit le garçon aux cheveux bleus par le bras, l’invitant à rentrer « Allez viens, ne reste pas sur le pas de la porte, je ne vais pas te manger. »Une fois qu’il fut à l’intérieur, elle lui présenta la table d’examen, l’invitant à s’y asseoir et rit en constatant qu’il ne paraissait pas du tout à son aise. « Ne t’inquiète pas, je ne te ferai ni prise de sang, ni vaccin, je vais juste désinfecter tes plaies et profiter de ta présence ici pour te visiter. »

 James prit un air boudeur, l’infirmière tourna alors à nouveau son attention à Jessie « Il a l’habitude de se faire frapper par les autres élèves mais à chaque fois où je l’attrape à la récré pour lui demander de me montrer une plaie, il prétexte être tombé, je ne suis pourtant pas dupe. » Elle se tourna vers James, les poings sur les hanches « Comment veux tu que l’on t’aide si tu refuses de vendre les bandits qui te font subir ça, hein ? »

« Je pense qu’il a sûrement peur de s’attirer d’avantages de problèmes ou de se faire plus d’ennemis en se faisant considérer comme un frotte-manche . »Répondit Jessie, prenant sa défense « Je ferais sans doute pareil à sa place. »

« Ca n’empêche que ce n’est pas beau de mentir. Et n’oubliez pas cela les enfants : un petit bobo mal soigné peut rapidement s’aggraver.  Vous comprenez où je veux en venir ?»

Tous deux acquiescèrent.

« Bon. Je vous laisse, il est temps pour moi de retourner en classe. » Dit Jessie en prenant compte du laps de temps qui s’était écoulé depuis le moment de la sonnerie.

« Attends, jeune fille! » Intima l’infirmière « Je vais faire un petit mot d’excuse pour ton professeur. Comment t’appelle tu ? »

« Jessie… euhm… Jessica Austin. »

« Très bien Jessica… » L’infirmière inscrivit une note sur un petit papier blanc qu’elle remit ensuite à la jeune fille « Voici un justificatif qui t’empêchera d’avoir des problèmes. »

« Merci Madame. » Répondit la jeune fille en prenant le papier avant de se tourner pour partir. James la regarda s'éloigner d'un air désespéré puis regarda avec inquiètude l'infirmière s'emparer d'un sachet d'ouate et d'une bouteille de désinfectant. Il serrant ses dents, s'imaginant une douleur insoutenable imminente. Il détestait se retrouver dans un lieu qui lui faisait penser à l'hôpital ou au cabinet du médecin.

 De son côté, Jessie couru à toute vitesse jusqu’à sa classe et y rentra toute essoufflée, oubliant de frapper à la porte. Son entrée soudaine attrapa l’attention de toute la classe.

« Et bien Jessie, c’est seulement maintenant que tu arrives ?! » Gronda Mademoiselle Satoya, prête à la réprimander.

« J’ai un justificatif. Je reviens de l’infirmerie. » Se défendit la jeune fille en lui remettant le papier.

« Oh. Très bien. » L’institutrice prit le papier, le lu puis, satisfaite de son contenu, elle invita Jessie à se joindre au reste de la classe.

« Très bien Jessie. Va t’asseoir près de Jordan avec ton cahier ouvert à la page des pokémon de type vol, il te fera un petit récapitulatif de ce que nous venons de voir. »

Jordan était l’élève le plus doué de la classe, c’était la raison pour laquelle il était toujours chargé de donner des explications aux autres élèves en retard ou en difficulté. Il était un garçon assez calme avec un physique assez banal ; des cheveux roux coupés courts, quelques taches de rousseur sur le visage, un teint pâle, des yeux bleus et il était assez chétif. 

« Bon, voilà, je t’explique, nous nous étions arrêtés aux chapitre concernant les Piafabecs… » Commença Jordan. Jessie n’avait aucune envie de l’écouter. Elle fixait son regard sur le cahier et feignait suivre du regard le crayon de son compagnon de classe tandis qu’il lui donnait les explications, répondant par un « mwoui » furtif quand il lui demandait si elle avait comprit. Durant tout ce temps, cependant, bien qu’elle paraisse attentive aux calculs inscrits dans le cahier, son esprit voyageait à des endroits complètement différents.

Jessie pensait toujours avec amertume à la nouvelle déception amoureuse qu’elle était encore entrain de vivre. Elle se demandait si elle avait toujours une chance d’espérer que Ted se soit vraiment intéressé à elle, s’il lui avait réellement posé un lapin ou s’il avait été retenu par un contretemps de dernière minute. Elle souhaitait de tout cœur que la seconde option soit la bonne. Elle se disait qu’elle n’était absolument plus prête à revivre une nouvelle désillusion. Trop de personnes avaient joués avec ses sentiments et ses rêves au cours de sa courte vie. 

Elle étouffa un bâillement discret du revers de sa main, jetant un coup d’œil rapide vers l’horloge de la classe, espérant que le cours se termine rapidement puis elle songea à James, se demandant s’il reviendrait de lui-même vers elle lors de la prochaine récréation. Ses sentiments pour lui n’avaient rien à voir avec ce qu’elle ressentait pour un garçon tel que Ted. 

James ne l’attirait pas, il n’était pas son genre, ni physiquement, ni moralement ; il était une larve ; timide, pleurnicheur et craintif, souffrant d’un manque total de confiance en lui mais… il l’attendrissait. Le bon fond de Jessie, la poussait malgré elle à aller vers lui et à lui offrir son amitié et son aide. Pour une raison qu’elle ignorait complètement et qui la dépassait, elle ressentait le besoin étrange de le materner. Peut-être parce qu’elle trouvait en lui une petite partie d’elle similaire qu’elle voulait dissimuler, voir effacer complètement ; une partie d’elle qu’elle refusait d’admettre : sa propre souffrance, peut-être aussi parce qu’ils partageaient inconsciemment le même besoin accru de ne plus se sentir seuls tous les deux. Ce qui était sûr, c’est que bien que ça puisse lui causer du tord et affecter son image, il était hors de question qu’elle le laisse tomber pour le moment alors qu’il avait tant besoin d’elle. C’était la première fois qu’elle se sentait vraiment nécessaire pour quelqu’un et ça lui procurait un bien être immense associé à une certaine satisfaction personnelle; ce qui était plutôt pas mal. Elle était loin d’imaginer l’ampleur que leur amitié naissante prendrait au fil du temps.

À suivre...

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